Le triangle dramatique de Karpman (Texte & vidéo)

Lorsque les gens n’ont pas d’engagements clairs et équitables, c’est souvent cause de conflit.

 La prévention de telles situations est une récompense extrême de l’utilisation de la philosophie donnant-donnant et de négociations ouvertes, honnêtes.

On ne peut pas empêcher tous les conflits et résoudre un conflit peut être l’un des tests les plus difficiles pour celui qui veut se donner les moyens de réussir.

 

 

Introduction

i64571355._szw1280h1280_Le triangle dramatique est déjà bien connu, très largement développé au sein de nombreux ouvrages.

Le triangle dramatique  est issu des « Jeux de manipulation » de l’Analyse Transactionnelle.

Mais c’est le psychiatre Stephen KARPMAN qui a développé une explication précieuse sur la façon dont un conflit surgit.  Il s’est rendu compte que le conflit implique des gens qui jouent des rôles prévisibles l’un avec l’autre et il a établi une relation triangulaire entre ces rôles.

Par « dramatique » (« Drama Triangle ») il faut comprendre une trame et une inversion des rôles.

Au départ chaque protagoniste joue un rôle symbolique sans en avoir conscience, parfois jusqu’à la caricature.

La communication n’est plus basée sur des faits et une lecture objective, mais sur la posture symbolique adoptée par chacun.
Au fil de l’échange, les rôles peuvent s’inverser (la Victime devient Persécuteur, par exemple).

Visiblement, nous passerions ¾ de notre temps dans l’un des trois états « Sauveteur », « Victime » ou Persécuteur ».

Business team working on their project together at officePrenons l’exemple d’un patron persécuteur :

Au départ un patron exigeant « Jean », a simplement mis une pression importante sur un de ses salariés, le contremaître d’une unité de production, appelons-le Paul, car il y a visiblement du retard dans la production et certains clients sont mécontent du délai d’attente.
Paul, le contremaître a rapidement ressenti cette pression du patron « Jean », comme un véritable harcèlement et s’est posé en victime :

Il ne se sent pas responsable des pannes à répétition du matériel qu’il juge vétuste.

Il se plaint quotidiennement de son patron « jean » auprès de son collègue « Pierre » qui est de surcroît, délégué syndical.
L’attitude de victime de Paul attire deux réactions :
1. Le patron devient Persécuteur : agacé par le ton plaintif de Paul, il durcit encore plus son discours.
2. Pierre, le collègue syndicaliste, prend le rôle de Sauveur et vole au secours de son collègue, le contremaître Paul.
Le triangle dramatique est maintenant constitué, le jeu peut commencer. Le Patron envoie des messages menaçants et furieux, Paul les montre immédiatement à Pierre, qui se sent le devoir de défendre Paul face à ce patron agressif et incompréhensif !

Que se passe-t-il ? 
Au cours du jeu chacun s’enfonce progressivement dans son rôle :
– Paul, en bonne victime, a baissé les bras et attend tout de Pierre, le délégué syndical.
– Pierre, en bon sauveur, prend les devants et assure la relation avec le patron, laissant Paul entièrement passif
– Le patron, en bon persécuteur, trouve méprisable ce changement d’interlocuteur et demande des explications à Paul.

Les rôles peuvent ensuite s’inverser :  Pierre, le syndicaliste risque de se lasser de l’attitude de victime de Paul (qu’il a encouragée en le sauvant !) et de se retourner contre lui, devenant à son tour Persécuteur.

Ex : « J’ai essayé de t’aider, mais si tu n’y mets pas du tien je ne peux plus rien pour toi ! Tu as fait plusieurs erreurs dans ta gestion de production, tu aurais du alerter des pannes du matériel, pas étonnant que le patron soit excédé ! »
S’il va trop loin en présence du patron, le patron lui-même prendra peut-être la défense de Paul en relativisant ses propres critiques et en reconnaissant que le contremaître n’est pas responsable de la vétusté du matériel, mais que cela est bien de sa responsabilité de patron de fournir du matériel en parfait état de marche.

Le syndicaliste est devenu Persécuteur, et le patron Sauveur..

Ces jeux psychologiques tournent en spirale négative, et accentuent le problème de départ plutôt qu’ils n’aident à le résoudre.

 

zusammenarbeitComment sortir du triangle dramatique ?

La clé est la prise de conscience.
Celui qui a constaté qu’il jouait l’un des 3 rôles peut choisir d’en sortir en adoptant une attitude neutre et adulte.
Généralement, jouer un rôle du triangle suscite un sentiment de malaise, associée à l’impression d’un déséquilibre de forces dans l’échange.

Ex :
– Pierre, le syndicaliste à Paul :
« Je comprends que notre patron te demande beaucoup, mais c’est ton travail et tu peux aussi apprendre à gérer ce type de situation, tu à le salaire d’un contremaître et le patron doit faire face aux relances des clients. »

– Paul à Pierre le syndicaliste :
« C’est difficile parce qu’il m’appelle plusieurs fois par jour. On dirait qu’il a besoin d’être tenu au courant heure par heure, comme s’il n’avait pas confiance ! Peut-être que je ne communique pas assez avec lui. Je vais lui demander une demande d’entretien  pour faire le point sur les raisons de ce retard. »

– Le patron au contremaître :
« Je comprends que le retard n’est pas entièrement de votre responsabilité, mais tenez moi informé lorsque vous rencontrez des problèmes.

Rassurez-moi,  vous comptez bien essayer de rattraper ce retard, tenez moi informé quotidien par téléphone, du moment que j’ai l’information. »

Connaître les principes du jeu permet de s’en extraire en prenant du recul.

 

Sans titre-1 copieComment éviter d’entrer dans le jeu psychologique ?

Grâce à la conscience de soi et une bonne vigilance !

1. Connaître son point faible

– J’ai tendance à me plaindre, à attendre des autres qu’ils prennent en charge mes problèmes
=> je risque d’attraper la perche de victime et d’entrer dans ce rôle
– tendance à agresser, à critiquer, à être intransigeant
=> j’ai une propension à agresser, à endosser le rôle du persécuteur
– tendance à sauver, à voler au secours des autres, à être serviable
=> le rôle de sauveur me va comme un gant, je tombe souvent dans ce panneau

2. Eviter de déclencher un jeu

  • j’ai tendance à me plaindre ? je dois veiller à rester acteur de ma vie professionnelle, responsable de la mission qui m’incombe, ne pas me poser en victime et ne jamais attendre des autres qu’ils me prennent en charge quand je suis en difficulté.
  • j’ai tendance à être agressif ? je dois veiller à tempérer ma colère quand je suis mécontent du travail de mes collaborateurs, et à communiquer sans être agressif ou trop autoritaire.
  • j’ai tendance à sauver les autres ? je dois me rappeler qu’aider n’est pas sauver, et me demander quand j’ai bien envie d’intervenir, si la personne que j’aide m’a fait une demande, si l’effort est partagé ou si je vais tout faire seul(e), si j’ai bien défini la limite de cette aide.

3. Savoir reconnaître les signaux et refuser d’y répondre en endossant un rôle

On reconnaît la victime à son discours, elle se dit impuissante et jamais responsable :
« Je fais tout bien et il me fait sans cesse des reproches. »
« Je ne vois pas comment le satisfaire, il n’est jamais content de toute façon. »

Elle ne demande jamais directement une aide concrète mais se plaint, et fait des demandes indirectes :
« Je n’en peux plus de ce client, il est infernal, il va me rendre malade. »
« Tu as vu sur quel ton il me parle? Je ne suis pas habilité à lui répondre. »
« Vraiment il n’est pas juste, il me harcèle. »
« Je ne veux plus le prendre au téléphone. »
et dans la vie personnelle :

« Je n’ai jamais de chance, pour vous c’est plus facile. »
« Tu ne viens jamais me voir. »
Ces messages sont autant de clignotants pour celui qui a un profil de Sauveur :

s’il n’est pas vigilant, il va enfiler son costume de Zorro avant d’avoir compris ce qui lui arrivait.

De même le Persécuteur-type sera attiré par ces plaintes, il aura naturellement envie de venir agresser cette Victime auto-proclamée.

Les points de vigilance sont identiques à ceux pour « éviter de déclencher un jeu » précédemment cités.
Chacun de nous aura tendance, dans une situation donnée, à aller vers son rôle de prédilection.

 

Bien identifier les trois rôles :

Le rôle de Persécuteur :

C’est une forme excessive de critique et dévalorisation (PNF-).

Il se croit obligé, ou estime efficace, d’être très sévère et méchant. Infériorise et dévalorise, blâme, met à nu les défauts, fait la morale, ou incite autres à se battre.

Il s’imagine ainsi dominer les autres, mais rien n’est moins sûr. La Victime va se rebeller ou bien un Sauveteur va venir à son secours.

Le persécuteur cherche souvent à se venger d’une frustration.

 

Rôle de Victime :

La victime soumise

C’est une forme excessive de soumission. (EAS-).

La victime amorce les points faibles d’un Sauveteur en exagérant ses handicaps personnels et en se représentant plus faible qu’elle ne l’est. Vit un désir comme un besoin impérieux. Souvent associé à la peur de manquer.

La victime rebelle

C’est une forme excessive de rébellion (EAR-).

La victime rebelle amorce les points faibles d’un persécuteur.

Agressive, elle revendique et réclame. Souvent associé à la peur de perdre quelqu’un ou d’être abandonné.

Rôle de Sauveteur :

C’est une forme excessive de protection envers l’autre. (PNR-).

Consiste à vouloir aider les autres sans qu’ils n’aient rien demandé ou même contre leur gré. Bien souvent le Sauveteur n’est même pas compétent pour aider vraiment.

Et souvent il assure tout le travail à leur place, les rendant dépendants et passifs.


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