L’escalier des valeurs « Marc-Alain DESCAMPS »

L’escalier de la vie est celui des Valeurs. Une valeur est ce pour quoi on est prêt à donner sa vie.

L'escalier de vie

On a autrefois commencé ces études en termes de besoins ou de motivations.

C’est ainsi qu’Abraham Maslow en 1965 parlait de  » needs  » et  » meta-needs « . Pour nous, pour déterminer un sens il vaut mieux parler de buts et de valeurs. Nous cherchons à intégrer le triangle des besoins de Maslow dans l’escalier de la vie. Il est double et symétrique et se lit donc en montant et en descendant. Nous distinguons cinq valeurs montantes, la valeur suprême et cinq valeurs descendantes, qui sont en fait des anti-valeurs.

 

Rilassamento yoga1) Les valeurs de dépassement

Dépassement est désintéressement, ce qui est gratuit, don généreux, sacrifice. Cela est nou

Qu’est-ce qui dépasse la personne ? Les Valeurs, qui sont les raisons de vivre, les justifications d’une existence. La valeur est ce pour quoi on est prêt à sacrifier sa vie : la Liberté, l’Egalité, la Justice, la Patrie, l’Art, la Science, la Vérité, le Bien, etc. Les Valeurs sont assez curieuses parce qu’elles n’existent pas (réalisées sur terre). Par exemple, la Justice ne règne pas sur la terre, on ne peut citer aucune décision de juge qui soit juste, parfaitement, et pourtant bien que ne l’ayant jamais rencontré, combien de personnes (et de juges) luttent pour la justice et sont prêts à réparer une injustice. Il en est de même pour l’Amour. Le fait que les Valeurs ne soit pas réalisées ne les empêche pas de mener le monde.veau, on ne l’avait pas encore rencontré : on vient de dépasser le niveau égoïste pour atteindre le niveau spirituel. On échappe à l’égoïsme originel.

Faire du développement personnel est encore très égoïste, c’est, comme le disait Hegel, sculpter sa propre statue. On ne s’occupe que de soi. Ce sixième niveau, celui des valeurs de dépassement, mène l’homme vers le dépassement de lui-même, vers le sacrifice et le dévouement, vers l’action gratuite et désintéressée. Aller au delà de soi, se dévouer pour quelque chose qui dépasse l’homme, croire en un espoir, un idéal, une Transcendance : tout cela permet de servir à quelque chose et d’être utile.

C’est cette mutation qui hausse l’homme au dessus de lui-même qui lui permet d’ajouter aux acquis de la civilisation et de remplir le but de l’espèce humaine sur la terre : S’éloigner de la bestialité et aller vers un transhumain. Il en est un beau comme pour l’Art, cela ne sert à rien, c’est gratuit et désintéressé, et justement c’est ce qui fait la grandeur et la noblesse de l’espèce humaine : être capable de faire du beau pour le plaisir.

Le dévouement aux Valeurs donne son sens à la vie humaine. Notre espèce est programmée pour cela : l’accès au niveau spirituel est instinctoïde par nature. Cela est apparu à Maslow lors de son enquête de 1969 où il a demandé  » Quel est le moment le plus important de votre vie, l’instant inoubliable ? « . Et les réponses ont porté sur un état de conscience modifié, une extase, ce qu’il a appelé une expérience des sommets (peak-experience). Alors il est passé de  » développement personnel  » au Transpersonnel. Et il a bien compris que ceci était une nécessité vitale. Lorsqu’on se trouve face à ce que Desoille appelle  » l’expérience du sublime « , le refus du dépassement de soi est catastrophique et pathogène. L’égo est la maladie du moi son exacerbation pathologique, formé de l’égoïsme, l’orgueil et la colère. La racine des échecs dans la vie est l’égoïsme et le refus du sublime. C’est la dégringolade. L’on chute de tout ce qui a été acquis précédemment. Et donc nous redescendons l’escalier marche par marche.

Humanity2) Les valeurs secondaires

Si l’accès au sixième niveau a été raté, la désespérance s’installe, car l’on sait que quelque chose d’essentiel a été perdu. On chute alors dans les valeurs secondaires, qui sont celles de l’avoir et non pas de l’Etre. On cherche la réussite, on veut réussir sa vie. Et la réussite c’est quoi ? Avoir la T.V., un chien, une auto, une femme et des enfants, une belle maison avec un jardin, une résidence secondaire avec piscine, un bateau, son hélicoptère ou son avion privé, etc. Etc. parce que c’est sans fin et sans limite,  » toujours plus « , avoir un appartement dans chaque ville avec les plus belles filles qui vous attendent, son journal, ses avocats et conseillers financiers, sa chaîne de télé, sa banque, sa multinationale, sa fondation humanitaire et son musée …

Finalement pour beaucoup réussir c’est être riche, mais cette réussite extérieure est souvent une réussite de façade, une réussite extérieure pour les voisins, puis pour le public. Par contre certains recherchent plus le succès, la célébrité, les fans, la gloire, entrer vivant dans le dictionnaire … D’autres ce sont les honneurs, les médailles et décorations, les titres nobiliaires, être élu président ou Immortel à l’Académie française. Le Rouge et le Noir de Stendhal et tous les romans de Balzac illustrent bien cette soif d’ascension sociale, pour compenser un total vide intérieur.

Une variante se trouve dans le goût du pouvoir : commander, se faire obéir, donner des ordres, être au sommet. On peut le trouver dans les systèmes hiérarchiques (armée, église, administration, usine, prison, école, secte …) et d’autres l’installent dans la famille, ou son substitut la bande de jeunes ou le  » milieu « .

De toute manière on ne s’accroche à ces biens périssables que faute de pouvoir accéder aux impérissables. On ne chute dans l’accumulation des avoirs que faute d’Etre. On ne sombre dans l’égoïsme que par impossibilité de désintéressement et de générosité. Et l’on camoufle son culte de l’égo sous une Fondation humanitaire qui perpétuera son nom.

Donc ces valeurs sont la dégradation et la caricature de la volonté de développement personnel tout ce qui était centré sur la réalisation de sois (dans sa psychologie) se retrouve aussi égoïstement dans la réussite sociale.

Teenager boy worried sitting on the floor3) Les valeurs de l’oubli

Un échec de plus et l’on se retrouve dans les valeurs de l’oubli. Ce qu’il faut c’est s’étourdir et oublier. Ceci se camoufle assez souvent sous le désir de plaisir, de jouir, d’en profiter. Il faut user et abuser de tous les plaisirs en niant absolument que cela puisse entraîner une dépendance. Le cas le plus typique est celui des drogués. Ils peuvent présenter leur utilisation des drogues douces puis dures comme une exploration des états intérieures, un changement d’état de conscience, une expérimentation, voir chez certains un culte religieux. Dans la réalité l’égoïsme est forcené, sans aucun scrupule, sans rien respecter, ils sont capables de voler (et même de tuer) ceux qui les aiment et les aident, pour arriver à satisfaire une fois de plus leur terrible passion.

Il en est de même pour les joueurs de tous acabits, les grands malades les joueurs de casino et les petits parieurs à la petite semaine aux Courses de chevaux ou de lévriers, au PMU, au Loto, Bingo et tous les systèmes d’exploitation de la Française des Jeux. Leur dépendance est totale, ils sont hors de la vie et ne respectent rien. Mérite tous les sacrifices pour eux, l’instant d’exaltation hors d’eux-mêmes où la Chance va enfin leur donner ses faveurs et où ils pouvoir se refaire. Sont-ils donc si défaits ? Là aussi leur rituel est souvent la parodie d’un acte religieux, qui les transporteraient au dessus d’eux-mêmes.

En fin viennent les alcooliques, si nombreux (masculin, féminin, professionnel, chic, discret, honteux, délirant …). Il est souvent lié à un échec professionnel, familial, sentimental, etc. L’alcoolique a toujours une souffrance à oublier : un drame, une tragédie, une honte, une souillure, une blessure … Il vit une profonde déchéance et une impuissance dont il n’est pas fier, mais il ne peut pas s’arrêter dans cette descente vertigineuse sans fin qui le mènera au délirium trémens.

Lorsque l’on veut entrer dans une relation d’aide, il faut être bien conscient de tout cela. Rien ne peut être obtenu directement sur le comportement, il faut agir d’abord sur la perte d’estime. Les valeurs de l’oubli sont l’inverse exact de l’estime de soi et des autres. Rien ne peut être obtenu tant qu’on a pas agi sur la perte, la honte, l’égoïsme et rendu à la personne l’idéal dont elle s’estime indigne.

sadness4) Les valeurs de la solitude et de l’absurde

Un degré de moins et l’on descend de l’oubli dans le désespoir. C’est l’état d’une vie qui n’a de sens, d’une vie absurde, inutile. Les matérialistes qui nient tout idéal, sont centrés sur eux et ont présenté une image de l’homme tronqué, coupé, réduit, comme Procuste ils coupent tout ce qui les dépasse. Cette apologie de l’absurde et de non-sens a été très à la mode à l’époque de Sartre et des caves de Saint-Germain-des-Prés à la Libération. Cette glorification du désespoir ne pouvait mener qu’à la Nausée sartrienne. Ce qui n’était que matière à amusement chez ces brillants intellectuels est vécu comme un drame dans leur chair pour bien de leurs victimes.

Avoir une vie stupide et qui ne sert à rien peut mener à couper tous les liens. Faire l’expérience de la solitude vient souvent de ce que l’on s’est coupé de tout et de tous. C’est ce qui conduit à se marginaliser et il y a bien des formes de la marginalisation. On parle beaucoup actuellement de l’exclusion, mais on oubli que dans bien des cas il y a plus eu marginalisation qu’exclusion. C’est l’individu qui n’a pas pu adhérer aux valeurs du groupe et qui s’est mis à part tout seul. C’est par un désinsertion sociale que l’on tombe dans le vagabondage, la clochardisation et ce que l’on nomme les SDF (sans domicile fixe). La perte de tout espoir est à l’origine de cet abandon de tout, à commencer par la famille et les amis. Il y a la volonté d’avoir raison seul contre tous, ainsi que l’illusion de ne dépendre de personne et de n’obéir à personne. Alors qu’en réalité le SDF est le plus démuni et le plus faible des hommes.

Il est vrai qu’il y a pire dans cette décision d’avoir seul raison contre toute l’humanité. On commence alors à se couper des hommes, à se sentir étranger et seul. Devant l’horreur de ce qu’ils étaient en train de réaliser ou de ce qui allait s’installer, certains se sont séparés, étrangers dans l’étrange (aliénus), aliéné et fou. Combien ont préféré s’absenter et entrer dans le vide de la folie, la plus absolue solitude. Dans la conviction de ne pas pouvoir être compris et de ne pas pouvoir communiquer, on devient un malade mental, retranché de l’humanité.

On est là dans le contraire exact des valeurs d’affiliation et d’intégration. personne ne peut avoir raison tout seul et personne ne peut vivre seul. Ce ne peut être qu’illusion, comme celle du fou qui croit qu’il est seul alors qu’une dizaine de personnes s’occupent de lui pour lui préparer sa nourriture, faire son lit, le soigner, l’habiller et le surveiller.

5) Les valeurs destructivesfotolia_3953872

Par contre il est possible de tomber encore plus bas, au lieu d’être inutile, on peut devenir un nuisible. Ces valeurs négatives sont celles de la délinquance, qui cherche à organiser une anti-société. Son principe de base est que tu n’as pas le droit de me faire ce que je te fais. Je ne reconnais que ma loi, mon désir. Et sous la forme actuelle  » tu n’as pas le droit de m’empêcher ce pratiquer mon  » métier  » « . On passe de la récup. à la fauche, puis au cambriolage et au hold-up. Mais certains dans le désespoir le plus total ne respectent rien et veulent simplement qu’on les laisse tranquillement tout casser et tout détruire.

Un autre degré est celui des criminels, les assassins, les sadiques, les violeurs, les pédophiles et les tortionnaires … Nous sommes là dans le contraire complet du besoin sécuritaire, ces êtres dangereux ne respectent rien. Certains ont pourtant une conscience morale et regrettent beaucoup leurs actes, mais ils savent que lorsque la pulsion et la crise reviendront, ils ne pourront pas s’empêcher de recommencer à nouveau.

Pire sont les terroristes, car ils se drapent dans une apparence de légitimité et même se prétendent au sommet au stade 6, celui du dévouement à un idéal. Mais cet idéal, qui est celui de la domination d’un peuple ou d’une langue, est un idéal de mort et de destruction, qui justifie amplement la mort de nombreux innocents. Comme le proclamaient les premiers soviétiques  » la fin justifie les moyens « , la victoire du prolétariat justifie les attentats, les guerres et les goulags. Ce n’est pas un ennemi que l’on cherche à cibler, mais une violence aveugle, qui utilise la prise d’otage ou les bombes pour engendrer la terreur en tuant des innocents non-concernés.

Frightened woman with her hand extended6) Les valeurs de mort

Le cycle est bouclé avec le contraire des valeurs de vie. Tout le monde a faim et réclame à manger sauf l’anorexique, qui vit la faim comme le plaisir suprême. Il est vrai que l’anorexie est une conduite suicidaire inconsciente.

Dans le suicide la pulsion de mort est à son comble et la plus grande agressivité possible est retournée contre soi, dans le désespoir. C’est le néant et l’auto-destruction, on ne croit plus à rien. L’alcool ne suffit pas, on ne veut plus penser, on ne veut plus souffrir et se faire des reproches. La peur et l’angoisse se conjuguent à l’idée, je m’évanouis, je ne suis plus là, je ne vais plus souffrir puisqu’il n’y aura plus de  » Je « . De toute manière, comme ils disent, je n’ai pas demandé à vivre et je choisis de défaire la vie et de retourner dans le néant. Comme s’ils étaient surs qu’il n’y a plus rien après la mort, mais s’ils savaient ce qui les attend ils n’attenteraient pas à leur vie.

Il faut maintenant échapper à toutes ces vies pathologiques et à toutes ces maladies de la vie pour trouver ce qu’est la vraie vie, celle qui mérite d’être vécue ;

Sources: Marc Alain Descamps – 

Site de l’Association Française du Transpersonnel 

Site de Marc Alain Descamps

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