Qui suis-je ?

QUI-SUIS-JE

Si vous vous demandez pourquoi écrire un article entier sur la question « Qui suis-je ? », je vais vous demander de prendre simplement une feuille et un crayon et de noter spontanément cinq réponses à cette question.

C’est par ce test que Yolande Mayanobe débute son premier cours de psychologie à Paris, à l’Ecole des cadres de la santé et au Centre de formation des professeurs de l’enseignement privé.

« Le “choc” face à la page blanche déstabilise les élèves et fait tomber leurs “défenses”, donnant une authenticité à leurs réponses. »

  • socratePourquoi Socrate, en faisant sienne la devise du temple de Delphes: « connais-toi,-toi même,.. », considérait-il que cette connaissance de soi était si importante?

Tout simplement parce que nous nous sommes créés depuis notre naissance une persona

« Le mot persona vient du latin (du verbe personare, per-sonare : parler à travers) où il désignait le masque que portaient les acteurs de théâtre. Ce masque avait pour fonction à la fois de donner à l’acteur l’apparence du personnage qu’il interprétait, mais aussi de permettre à sa voix de porter suffisamment loin pour être audible des spectateurs.

Dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour désigner la part de la personnalité qui organise le rapport de l’individu à la société, la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini afin de tenir son rôle social. Le moi peut facilement s’identifier à la persona, conduisant l’individu à se prendre pour celui qu’il est aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement. Dans ce cas, la persona de Jung est proche du concept de faux self de Donald W. Winnicott. Il faut donc comprendre la persona comme un « masque social », une image, créée par le moi, qui peut finir par usurper l’identité réelle de l’individu. « 

Nous avons tous tendance à nous définir par un nom, un métier, des valeurs, des sentiments, une éducation, des expériences, un savoir, des centres d’intérêts, des rencontres.

Mais tous ces visages ou masques ne suffisent pas à nous définir.

  • Oui mais alors au fond qui suis-je réellement?
  • Suis-je ma personnalité ?

MASQUE« Aujourd’hui l’idée générale qui ressort des différentes visions de la personnalité est qu’elle est l’ensemble des comportements qui constituent l’individualité d’une personne. Elle rend compte de ce qui qualifie l’individu : permanence et continuité des modes d’action et de réaction, originalité et spécificité de sa manière d’être. C’est le noyau relativement stable de l’individu, sorte de synthèse complexe et évolutive des données innées (gènes) et des éléments disponibles dans le milieu social et l’environnement en général. Judith Rich Harris énonce que d’après les études, la personnalité provient à 50% de la génétique (comportement inné), 10% de l’environnement partagé avec les parents (comportement acquis) dont les parents eux-mêmes et 40% de facteurs inexpliqués. »

  • Mais cette définition n’est-elle pas subjective ?
  • N’est-elle pas qu’une émanation de notre état d’esprit ?

Répondre à la question « qui-suis-je » c’est répondre à l’indispensable quête de sens de l’être humain.

Ne pas être en mesure de répondre à cette question pourtant si importante est le symptôme d‘une vie appauvrie.

Arriver à donner une réponse à cette question est pourtant un travail sur soi passionnant.

C’est faire l’expérience du contact direct avec son être véritable.

« Qui suis-je » est la question existentielle par excellence, avec « D’où viens-je »  et « Où vais-je » qui empêche les hommes d’avancer sur leur propre chemin.

Si on aspire au bonheur et à la réussite dans sa vie, il vient forcément un moment où on se pose cette question, et où l’on réfléchit à qui on est et au sens de sa vie.

  • Si nous ne savons pas qui nous sommes, qui donc est en train de vivre notre vie ?qui-suis-je

L’être humain a pris l’habitude de s’identifier principalement à son activité, à ses diplômes, à son statut social, chose qui semble fort logique dans une société matérialiste qui nous colle continuellement des étiquettes.

Nous avons donc une identité sociale car dans un troupeau, chaque mouton vous dira : « Je suis un mouton ».

L’identité sociale étant l’aspect de l’identité d’un individu directement lié à son sentiment d’appartenance à différente catégorie sociales.

Tajfel et Turner, dans leur théorie sur l’identité sociale, considèrent que l’on procède à trois types de catégories:

  • Les humains se considèrent comme une catégorie spécifique, différente des autres espèces
  • L’individu se conçoit comme appartenant à un ou plusieurs groupes et donc en opposition à un ou divers groupes
  • L’individu se conçoit comme distinct, incomparable par rapport aux membres de son groupe

L’identité sociale est donc une représentation venant s’inscrire dans un modèle sociétal qui à mon avis doit combler un véritablement déficit d’essentiel.

Pourtant, celui qui sait qui il est et qui sait où regarder pour se voir tel qu’il est vraiment construit les fondations d’une confiance en soi inébranlable.

Ne pas savoir qui l’on est, c’est se limiter inconsciemment et c’est s’éloigner de sa nature véritable.

Notre égo étouffe notre quintessence.

Je pense que chercher à se définir selon des codes nous enferment et bloquent l’évolution constante de qui nous sommes réellement.

De même, si je me définie en fonction de se que je montre de moi, cela revient à dire que ce que je ne montre pas n’existe pas, ou m’est étranger.

Ça revient à nier toute vie intérieure, toute profondeur.

Et puis, je n’ai pas besoin du regard des autres pour me sentir visible.

  • Mais alors, suis-je ce que je vois dans le regard des autres ?

Non car ce que je vois dans le regard des autres est une projection de mon esprit.

L’autre est un miroir de mon intériorité,  donc ce que je vois dans le regard des autres est simplement un outil pour arriver à mieux me connaître.

Nous avons tous tendance à projeter dans le regard des autres ses propres imperfections, doutes, craintes et complexes.

La réponse est donc à chercher ailleurs.

Nietzsche a dit : « Deviens ce que tu es. »
Pour lui, chaque homme fabrique deux représentations de lui même : ce qu’il est d’une part et ce qu’il voudrait être d’autre part.

Pour l’homme qui agit pour atteindre son idéal, la différence s’estompe et ne reste réelle que dans la représentation que nous avons de nous même.

Ainsi, d’une certaine façon, nous nous efforçons à devenir ce que nous sommes déjà en un sens : devenons ce que nous sommes.

Pour Yolande Mayanobe:

« Les hommes se définissent par ce qu’ils font, métier, sport pratiqué, études suivies, projets… Les femmes donnent leur prénom, parlent de leur situation familiale, épouse, mère de X enfants, fille aînée ou cadette… Puis se décrivent par leur caractère : sensible, énergique ; ou leur état : amoureuse, heureuse… Ce que les hommes n’écrivent jamais. La femme reste dans l’être et fait primer ce qui concerne son affectivité. L’homme reste dans le faire : il se sent homme parce qu’il agit. »

  • Le Moi : une illusion ?

Pour les bouddhistes, le « moi » est une illusion, cause de la souffrance inhérente à l’existence. Nous souffrons parce que nous avons l’impression que notre bonheur est lié à la satisfaction – forcément éphémère – des besoins de ce « moi », qui passe par huit préoccupations matérielles essentielles. Nous recherchons le gain, le plaisir, l’approbation et l’honneur, et nous essayons d’éviter la perte, la douleur, la critique et le déshonneur. Or, le « moi » n’a en fait pas d’existence propre ni durable.

Nous sommes la somme de ce que nous avons senti, entendu, vu ou lu, un concentré d’innombrables vies antérieures : tout ce qui compose soi-disant le « moi » unique vient en fait de l’extérieur.

Pour trouver la paix intérieure, le bouddhisme nous invite à admettre que nous ne sommes qu’une projection particulière de l’humanité dans son ensemble, un maillon de la grande chaîne humaine.

(Ségolène Barbé)


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