Je pense trop : Comment canaliser ce mental envahissant

Je_pense_trop_Comment_canaliser_ce_mental_envahissantJe crois que la vulgarisation est l’ennemie de la pensée !

Soixante milles pensées par jour, c’est ce que génère notre esprit, alors oui je pense trop, comme chacun d’entre nous et plus particulièrement dans une société occidentale où les sollicitations sont perpétuelles.

Sur quelle échelle se référer pour savoir si la quantité de mes pensées est supérieure égale ou inférieure à la moyenne ?

D’ entré de jeu, le titre me pose problème !

Connaissez vous ces termes:  l’effet Barnum, l’effet Forer , l’ effet puits , l’effet de validation subjective  ou l’effet de validation personnelle ?

Lisez ce livre et vous en aurez une illustration incontestable !

A l’heure où l’individu a besoin de se responsabilisé face à sa propre existence, de s’armer face aux aléas de la vie,  de faire face à l’adversité, ce livre à un effet totalement inverse.

Il est bien trop souvent utilisé par ses lecteurs comme bouc émissaire pour refouler, masquer, nier, se défausser de certaines faiblesses, de certains problèmes intra-psychiques, voir de certaines pathologies d’ordre psychiatrique.

Il s’agit là typiquement d’un procédé tout à fait efficace qui en définitive, provoque l’adhésion, l’enthousiasme de personnes en difficulté profonde ou passagère.

« Enfin, je me reconnais, je me sens compris, je savais que je n’était pas… ».

Ce livre envoie du flou, du vague, de l’imprécision pour que tout le monde puisse s’y retrouver.

Les sociopathes se disent maintenant avoir un syndrome asperger, les dépressifs se disent hypersensibles, les ruminations névrotiques deviennent de la surefficience mentale, les victimes de pervers narcissiques se retrouve maintenant dans la catégorie surdouées etc ….

Un grand « mélimélo », un grand « bric à brac » de termes, de mots qui apparaissent ici et là sans de réelles définitions scientifique.

Ces mots pourtant, mériteraient d’être réellement définis par des professionnels :

«  hypersensible, haut potentiel intellectuel, haut potentiel émotionnel, douance, zèbres, hyperesthésie, neuro-droitier, hyperactif, TDAH,  surefficientes mentales, hyper-empathie, normo-pensant,  Synesthésie, syndrome d’Asperger ».

Une confusion qui est à mon sens, soigneusement orchestrée et entretenue afin de ratisser large, de parler au plus grand nombre, une intention plutôt d’ordre commerciale que relevant de la pertinence intellectuelle !

Il m’a aussi semblé retrouver beaucoup de reprise du livre : « Trop intelligent pour être heureux » de Jeanne Siaud-Facchin….mais bon, passons l’éponge car cela vient plutot enrichir le livre dont nous parlons.

L’auteure nous présente aussi la surefficience dans une vision bipolaire. d’un coté les neuro-droitiers « gros bisounours assoiffés d’amour qui attirent les pervers narcissiques »   face aux normo-pensant (neuro-gaucher) dont l’image n’est pas vraiment reluisante.

Quasiment chacun pourrait se reconnaître dans la description élitiste qui est faite des « surefficients mentaux ». Ou à l’inverse des « normopensants ».

Cette démarche me dérange énormément, bien qu’elle semble efficace dans le domaine du marketing !

Bien qu’il existe déjà un débat justifié sur la latéralité cérébral (concept remis en question par l’imagerie médicale), nous entendons parler dans ce livre d’ enfants indigos, mais aussi des expériences mystiques ou encore capacité à percevoir les auras, à ressentir des présences occultes, à se souvenir de vies antérieures…et nous trouvons même dans la bibliographie un livre sur le « transurfing », théorie qui ne semble vraiment pas faire l’unanimité dans les milieux scientifiques.

Ces propos et ces références viennent dénaturer le coté objectif et scientifique du livre.

Cela me fait plus penser à une approche « new-age » qu’a un réel travail de recherche sur un fonctionnement atypique qui mérite réellement d’être mieux connu, car Je ne nie nullement l’existence du phénomène de surefficience, je pense juste démontrer que la démarche de l’auteure est beaucoup trop généraliste, incomplète voir farfelue.

 

J’ai constaté qu’il y a une totale incohérence entre le descriptif qui nous est fait du surefficient et les profils de personnalités des personnes se disant surefficiantes que j’ai eu l’occasion de croiser, ou de celle évoluant dans les groupes des réseaux sociaux.

Mais au fait, de quoi parle-t-on, d’intelligence ? Mais savons nous la définir ?

Tout semble tourner autour des personnes ayant une intelligence supérieure, la zébritude, la douance, bref un QI supérieur à la moyenne.

courbe_wechsler_cattell_percentilesLe QI est la moyenne des résultats d’un test qui situe les performances intellectuelles d’une personne par rapport à une population de sa tranche d’âge.
Pour plus de lisibilité, on répartit ces résultats selon une courbe de Gauss (outil statistique utilisé également dans d’autres domaines, elle permet de mettre en évidence une norme, au centre de la cloche, qui réunit 90% des cas). Le test de QI a été élaboré afin de mesurer des retards mentaux ; à partir de deux écarts-types par rapport à la moyenne de 100 (70 de QI, donc), il existe une différence significative ayant un impact sur la vie de la personne concernée.  En parallèle, il en est de même pour les personnes se trouvant à deux écarts-types au-dessus de la moyenne (130).
On a décidé de les appeler surdoués, considérant les gens dans la moyenne comme normalement doués.

Schéma-IM-et-activitésMais de quelle intelligence parle t’on alors ?

Il me semble que les outils servant à définir cette intelligence (entre autre le WAIS) se limite qu’a certaines intelligences. Ce test est plutôt sélectif.

La théorie Howard Gardner sur les intelligences multiples semble pourtant être reconnue par un grand nombre de professionnels de la pédagogie et figure dans de nombreux articles.
Daniel Goleman, nous présente une autre liste en mettant l’accent sur l’intelligence émotionnelle, cette intelligence ne semble pas figurée dans les outils d’évaluation mais est étudiée et utilisée dans de nombreux domaines. A l’appui de cette thèse on peut citer Goleman (1997) ou Damasio (1995) qui montrent, chacun à leur manière, l’imbrication du raisonnement (la cognition froide) et des émotions (la cognition chaude) dans toutes les activités humaines.

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L’intelligence est un concept flou dont la définition est fortement influencée par le sens commun, qui fait l’objet de débats à la fois scientifiques et idéologiques mais dont il très difficile de se passer.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la découverte des controverses sur la définition de l’intelligence, je vous conseil de lire l’article suivant:

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Peut-on alors souffrir de surefficience mentale dans une intelligence autre que logico-mathématique ?


Allons plus loin dans la réflexion :

A mon sens, la surefficience est à mon sens, une définition d’un fonctionnement cognitif atypique, spécifique et ne peut pas servir à décrire des traits de personnalités.

Bien souvent, l’enfant surefficient vivra sa singularité comme un handicap, au même titre qu’un enfant souffrant de dyslexies, dysphasies, dyscalculies, dyspraxies, dysorthographies.

Ce sont eux aussi des troubles cognitifs.

Dès son plus jeune âge, l’enfant surefficient devra s’adapter à son environnement et chercher à répondre aux attentes de ceux qui l’entourent, mais aussi aux exigences des institutions (Crèches, écoles, centres de vacances).

L’enfant surefficient mettra donc en place des « stratégies de compensation »,  des « processus de correction », des « mécanismes de défense ».

Ces « palliatifs » lui permettront entre autre de minimiser sa différence, de gommer sa singularité, de faire preuve de plus d’adaptabilité, mais aussi de se protéger émotionnellement.

Au fils des années, l’enfant peut être face à sa surefficience, dans le déni, dans la fuite, dans le retrait, dans l’isolement, dans l’introspection,  dans la suractivité, il peut aussi se couper de notre partie émotionnelle.

Si la surefficience est la fondation de notre construction psychique, l’environnement en est l’architecte.

L’enfant se construira  différemment si ses figures parentales cherchent à le faire rentrer dans le « moule », dans la norme, plutôt que s’ils l’accompagne dans son fonctionnement atypique.

L’enfant surefficient se construira différemment s’il est reconnu, diagnostiqué, d’un enfant surefficient qui l’ignore.

Il me semble donc très présomptueux de chercher à décrire le profil type du surefficient.


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