La dépression, en savoir plus pour en sortir

Un coach n’est ni un psychothérapeute, ni un psychologue, ni un médecin et encore moins un psychiatre.

RTEmagicC_10799_image002_txdam24839_9dd4e4Son intervention ne peu en aucun cas, remplacer un suivi médical. Il lui est formellement interdit  de porter un jugement, d’intervenir, de modifier ou de conseiller sur un traitement médical en cours ou à venir.

Le coaching est un appui supplémentaire dont l’objectif est d’accompagner la personne en souffrance vers  une dynamique de reprise en main de sa vie.

Il intervient dans un rééquilibre des relations, dans une reconstruction de l’image de soi, dans l’élaboration d’un plan de vie futur, dans la décision d’objectifs  en vue de casser le cercle vicieux de la dépression.

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Le guide « La dépression, en savoir plus pour en sortir »

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LA DÉPRESSION

Extrait du « Manuel de relation d’aide », Jacques et Claire Poujol, Empreinte Temps Présent, 1998. ©

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, cinq à dix pour cent de la population mondiale présenterait des troubles dépressifs. Nous nous intéresserons donc à présent aux sujets suivants :

Ø               Les symptômes

Ø               L’évaluation

Ø               L’origine

Ø               Le manque de désir de guérir

Ø               Les erreurs à éviter

Ø               Le premier pas : veux‑tu guérir ?

Ø               Les attitudes aidantes

Ø               L’autoprotection du conseiller

Ø               Les médicaments et l’hospitalisation

Ø               Les risques de suicide

Ø               La prévention

Les hommes de la Bible étaient de la même nature que nous et donc sujets comme nous à des épisodes dépressifs :

* L’éternel dit à Caïn : Pourquoi ton visage est-il sombre ?

* J’ai le visage, l’âme et le corps usés par le chagrin. (David)

* Mon âme est dégoûtée de la vie. (Job)

* Pourquoi suis-je sorti du sein maternel

Pour voir la souffrance et la douleur ? (Jérémie)

De nombreux hommes célèbres ont connu ce problème. Martin Luther avait des périodes d’euphorie suivies de profond abattement. Le missionnaire Henry Martyn était enclin à des accès d’introspection morbide. Certains cantiques de William Cowper reflètent sa mélancolie. Charles Spurgeon était souvent abattu. Un homme d’action comme Winston Churchill souffrit toute sa vie de dépression, comme aussi Lincoln ou Freud.

Cette maladie est réellement de tous les pays et de tous les temps. Hippocrate l’attribuait à la bile noire. Ce terme grec « melagkolia » a donné notre mot mélancolie.

La dépression est, de loin, le symptôme psychiatrique le plus répandu. Elle survient à tout âge : enfance, adolescence, après un accouchement, au milieu de la vie, à la ménopause ou dans la vieillesse.

Dans la vie courante, on utilise le mot dépression pour désigner une échelle de comportements très étendue, allant d’un petit coup de cafard à l’abattement profond du suicidaire.

Mais les médecins n’utilisent ce terme qu’à partir d’un certain seuil. Ce sont l’intensité des troubles et leur durée qui font la maladie dépressive. Un diagnostic d’état dépressif n’est porté qu’après plus de deux semaines de symptômes nets.

Pendant longtemps les psychiatres ont distingué les dépressions :

–          Exogène (due à une cause externe)

–          Endogène (due à une cause interne)

–          Unipolaire (alternance entre humeur normale et humeur triste)

–          Bipolaire (alternance entre excitation et abattement)

–          aiguë

–          Chronique

–          Récidivante

–          Etc.

Actuellement le D.S.M. IV, Manuel Diagnostique de Psychiatrie, réunit dans le même chapitre toutes les dépressions, en les subdivisant en fonction de leur intensité ou de leur durée.

Il est utile de savoir que, si une dépression exogène apparaît souvent comme la réaction à un traumatisme extérieur (deuil, chômage, maladie, divorce), en réalité cet événement ne constitue qu’un facteur déclenchant. Il donne à la personne la permission de faire une dépression nerveuse, ce qui signifie que le problème de fond se situe ailleurs que dans l’événement lui-même. Le symptôme qui couvait depuis longtemps se manifeste suite à ce traumatisme déclencheur.

Il faut aussi savoir que, si quelques dépressions sont liées à des problèmes spirituels (péché non confessé, conséquences de pratiques occultes), ce n’est pas fréquent. La guérison en est d’ailleurs souvent spectaculaire, après confession des péchés ou abandon des pratiques occultes. Mais c’est une grave erreur, trop fréquemment commise, de dire à une personne déprimée qu’elle a sûrement péché, qu’elle ne va pas bien spirituellement, voire qu’elle a un démon. C’est le plus sûr moyen de l’enfoncer davantage !

  1. LES SYMPTÔMES

La dépression est caractérisée par des atteintes de l’humeur, une inhibition psychomotrice, de l’anxiété et des troubles du caractère, des troubles physiques et des pensées suicidaires.

  1. Des troubles de l’humeur

o       La tristesse, les larmes, la douleur morale

o       La solitude, le rejet, le repli sur soi

o       L’absence de motivation, d’intérêt

o       Un sentiment d’incapacité, d’auto-dépréciation

o       Le pessimisme, la certitude qu’on ne s’en sortira pas

o       Le sentiment d’être abandonné de Dieu

  1. Une inhibition psychomotrice

o       Un épuisement total, la perte de l’élan vital

o       Des difficultés à penser, décider, parler, se mouvoir

  1. L’anxiété et des troubles du caractère

o       La peur de tout et de rien, sans raison

o       L’irritabilité, l’agitation, l’oppression

  1. Des troubles physiques

o       Un sommeil perturbé

o       Des troubles digestifs

o       Une perte du désir sexuel

o       Divers malaises : palpitations, maux de tête, etc.

  1. Le désir de suicide

Toujours présent, il varie en intensité selon les sujets et, pour un même sujet, selon les jours et même d’une heure à l’autre.

  1. L’ÉVALUATION DE LA DÉPRESSION

Elle sera facilitée si le client répond à un questionnaire, par exemple celui de Beck. En additionnant les chiffres obtenus en réponse aux treize questions, on obtient un nombre allant de 0 à 39.

Voici ce que reflètent les différents scores :

0 à 4 : pas de dépression

4 à 7 : dépression légère

8 à 15 : dépression modérée

Plus de 15 : dépression sévère

Questionnaire de Beck (version abrégée)

Instructions :

Ce questionnaire comporte plusieurs séries de quatre propositions. Pour chaque série, lisez les quatre propositions, puis choisissez celle qui décrit le mieux votre état actuel et entourez son numéro. Si, dans une série, plusieurs phrases vous paraissent convenir, entourez les numéros correspondants.

A.

* Je me sens pas triste. 0

* Je me sens cafardeux ou triste. 1

* Je me sens tout le temps cafardeux ou triste, et je n’arrive pas à en sortir. 2

* Je suis si triste et si malheureux que je ne peux pas le supporter. 3

B.

* Je ne suis pas particulièrement découragé ni pessimiste au sujet de l’avenir. 0

* J’ai un sentiment de découragement au sujet de l’avenir. 1

* Pour mon avenir, je n’ai aucun motif d’espérer. 2

* Je sens qu’il n’y a aucun espoir pour mon avenir, et que la situation ne peut s’améliorer. 3

C.

* Je n’ai aucun sentiment d’échec dans ma vie. 0

* J’ai l’impression que j’ai échoué dans ma vie plus que la plupart des gens. 1

* Quand je regarde ma vie passée, tout ce que j’y découvre n’est qu’échec. 2

* J’ai un sentiment d’échec complet dans toute ma vie personnelle (dans mes relations avec mes parents, mon conjoint, mes enfants). 3

D.

* Je ne me sens pas particulièrement insatisfait. 0

* Je ne sais pas profiter agréablement des circonstances. 1

* Je ne tire plus aucune satisfaction de quoi que ce soit. 2

* Je suis mécontent de tout. 3

E.

* Je ne me sens pas coupable. 0

* Je me sens mauvais ou indigne une bonne partie du temps. 1

* Je me sens coupable. 2

* Je me juge très mauvais, et j’ai l’impression que je ne vaux rien. 3

F.

* Je ne suis pas déçu par moi‑même. 0

* Je suis déçu par moi‑même. 1

* Je me dégoûte moi‑même. 2

* Je me hais. 3

G.

* Je ne pense pas à me faire du mal. 0

* Je pense que la mort me libérerait. 1

* J’ai des plans précis pour me suicider. 2

* Si je le pouvais, je me tuerais. 3

H.

* Je n’ai pas perdu l’intérêt pour les autres gens. 0

* Maintenant, je m’intéresse moins aux autres gens qu’autrefois. 1

* J’ai perdu l’intérêt que je portais aux autres gens, et j’ai peu de sentiment pour eux. 2

* J’ai perdu tout intérêt pour les autres, et ils m’indifférent totalement. 3

I.

* Je suis capable de me décider aussi facilement que de coutume. 0

* J’essaie de ne pas avoir à prendre de décision. 1

* J’ai de grandes difficultés à prendre des décisions. 2

* Je ne suis plus capable de prendre la moindre décision. 3

J.

* Je n’ai pas le sentiment d’être plus laid qu’avant. 0

* J’ai peur de paraître vieux ou disgracieux. 1

* J’ai l’impression qu’il y a un changement permanent dans mon apparence physique, qui me fait paraître disgracieux. 2

* J’ai l’impression d’être laid et repoussant. 3

K.

* Je travaille aussi facilement qu’auparavant. 0

* Il me faut faire un effort supplémentaire pour commencer à faire quelque chose. 1

* Il faut que je fasse un très grand effort pour faire quoi que ce soit. 2

* Je suis incapable de faire le moindre travail. 3

L.

* Je ne suis pas plus fatigué que d’habitude. 0

* Je suis fatigué plus facilement que d’habitude. 1

* Faire quoi que ce soit me fatigue. 2

* Je suis incapable d’avoir la moindre activité. 3

M.

* Mon appétit est toujours aussi bon. 0

* Mon appétit n’est pas aussi bon que d’habitude. 1

* Mon appétit est beaucoup moins bon maintenant. 2

* Je n’ai plus du tout d’appétit. 3

 

  1. L’ORIGINE DE LA DÉPRESSION

Ses causes restent inconnues, même si certaines hypothèses reposent sur des arguments pertinents.

  1. La prédisposition génétique
  1. Les causes biologiques

Hypothyroïdie, déséquilibre des amines biogéniques, déséquilibre endocrinien, troubles électrolytiques, infections virales.

  1. Les causes organiques

Maladies, fatigue, etc.

  1. Les causes psychologiques

La colère que l’on refoule et que l’on retourne contre soi-même est une des causes principales. Par exemple, on est souvent fâché contre un être cher atteint d’une grave maladie ou qui vient de mourir. Comme il est inacceptable de faire preuve de rancune contre une personne malade ou décédée, on la retourne contre soi, ce qui déclenche la dépression.

Dans l’ensemble, les théories psychanalytiques sur la dépression (Karl Abraham, Freud, Mélanie Klein, Lacan, Spitz) s’articulent autour des notions de deuil, de perte, de frustration, de préjudice et d’expériences infantiles traumatiques rendant la personne adulte vulnérable aux dépressions.

  1. Les fausses convictions

Pour le thérapeute cognitif Beck, le dépressif a une façon de penser particulière qu’il appelle la triade négative :

v                Il se juge négativement.

v                Il juge négativement le monde extérieur.

v                Il juge négativement l’avenir.

Dans la même ligne, le psychologue chrétien William Backus estime que des circonstances pénibles peuvent déclencher une dépression chez une personne lorsque ses convictions sont fausses. Backus cite l’exemple d’Arlette, une femme très abattue après que son fiancé ait rompu avec elle, deux mois avant la date prévue pour le mariage.

Sa triade négative était facilement repérable :

v     Il m’a quittée, je suis donc nulle.

v     Dans ces conditions, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Plus rien ne m’intéresse.

v     Je ne serai jamais heureuse. Personne ne m’aimera jamais.

Arlette croyait, à tort, que sa vie dépendait des autres. Or, la source de la vie, c’est Dieu, et non les autres. Rien ni personne, hormis Dieu, n’est vital pour qui que ce soit. Arlette croyait, encore à tort, que puisque son fiancé l’avait quittée, le monde n’avait plus aucun sens. En réalité, parmi ceux qui ont perdu quelque chose ou quelqu’un, beaucoup reprennent courage et trouvent des alternatives satisfaisantes.

Nous avons cité plusieurs causes possibles à la dépression. L’expérience montre qu’elle naît souvent d’une combinaison de tous ces facteurs. Il n’y a pas la dépression, il y a des personnes déprimées. Chacune a une personnalité et une histoire différentes, et chaque maladie est unique. C’est pourquoi aussi l’accompagnement d’un déprimé est différent pour chacun.

  1. LE MANQUE DE DÉSIR DE GUÉRIR

Les raisons pour lesquelles un déprimé peut ne pas avoir envie de guérir sont nombreuses :

  1. L’autopunition

Je ne suis pas meilleur que mes pères, soupirait Elie. Lorsque quelqu’un se sent abattu, il se dit qu’il n’a que ce qu’il mérite et qu’il doit payer. Cela apaise sa conscience, comme si la soif de vengeance de celle‑ci était satisfaite de la peine émotionnelle qu’il s’inflige volontairement. Dans un sens, il joue le rôle de Dieu, il se punit.

  1. La vengeance

Vivre avec un dépressif est vraiment pénible et c’est ce que cherche (inconsciemment) celui‑ci. Il se sert de son état comme d’une arme par laquelle il se venge des autres en les rendant malheureux.

  1. Le désir d’attirer l’attention

C’est de la manipulation, qui n’est d’ailleurs pas très efficace. Une personne dont le moral est bas suscite d’abord de la pitié. Elle se dit : « Si je vais mieux, on va m’oublier. » C’est le contraire qui se produit : les gens se lassent d’une personne triste, et elle se retrouve tout à fait seule, ce qui renforce son accablement.

  1. La recherche d’un pansement plus que de la guérison

La personne préfère sauter sans arrêt d’une période de déprime à une autre, plutôt que de soigner son fonds dépressif qu’elle traîne depuis vingt ou quarante ans, car cela signifierait peut‑être entreprendre une psychothérapie, changer en profondeur, ce dont elle n’a nulle envie.

  1. Le refus d’abandonner ou de confesser un péché         

C’est ce qu’a expérimenté le roi David :

Tant que je me suis tu, je gémissais toute la journée.

J’ai dit : J’avouerai mes transgressions à l’Eternel !

Et tu as effacé la peine de mon péché. (Psaume 32)

  1. La fidélité à un être cher parti ou décédé

La personne cultive son chagrin, croyant sincèrement prouver ainsi qu’elle l’aimait et craignant de trahir sa mémoire si elle parvient à se consoler.

  1. L’esclavage de l’hérédité

« Ma mère était dépressive, mon frère l’est aussi, alors je ne peux pas guérir. » Celui qui prend prétexte de son hérédité pour fuir ses responsabilités et ne pas se prendre en charge, montre qu’en réalité, pour des raisons inconscientes, il ne veut pas guérir.

Les psychiatres Minirth et Meier, qui ont aidé des milliers de patients déprimés à guérir, aiment citer la phrase de Lincoln : « Chacun de nous est aussi heureux qu’il décide de l’être. »

Ils ajoutent : « Une personne même gravement déprimée peut guérir, si elle renonce à son état dépressif et décide d’être heureuse. »

  1. L’orgueil

« Moi, consulter un psychologue, jamais ! Plutôt mourir que demander de l’aide ! »

« Ma dépression est très grave, je suis un cas. M’en sortir en six mois, vous voulez rire. J’en ai pour plusieurs années. »

Recourir à l’aide d’un spécialiste demande certes un peu d’humilité, mais Dieu précisément fait grâce aux humbles.

  1. Le report de la responsabilité de la maladie sur les autres

« Mon conjoint ne m’aide pas, mes enfants sont insupportables, mon pasteur ne me comprend pas, Satan m’attaque et Dieu m’abandonne. » La personne évite ainsi de se responsabiliser en vue de sa guérison.

  1. Le suicide lent

Dans ce cas tragique, le malade est si mal qu’il ne lutte plus, il se laisse mourir. Il n’a pas envie de rien, car son être profond n’est déjà plus en‑vie. Il commence à perdre contact avec la réalité (dépression psychotique). L’hospitalisation est impérative. Il convient de le protéger contre lui‑même, car il n’est plus en mesure de le faire.

  1. LES ERREURS A EVITER AVEC UN CLIENT DEPRIME
  1. Pleurer avec lui,s’apitoyer sur son état, le plaindre. Cela l’inquiètera et le fera sombrer encore plus bas.
  1. A l’inverse, manifester ostensiblement une gaîté forcéepour le dérider. Cela l’agacera.
  1. L’exhorter à réagir,à mettre en oeuvre sa volonté. S’il en était capable, il ne serait pas déprimé !
  1. Douter des sentiments qu’il dit éprouverdésespoir, indignité, culpabilité. S’il ne se sent pas compris, il n’exprimera plus rien.
  1. Le culpabiliser de prendre des médicaments.Si le médecin les lui a prescrits, c’est qu’il en a besoin.
  1. L’inciter à s’introspecter, à s’analyseril a déjà tendance au pessimisme, cela épuisera ses réserves émotionnelles pour rien.
  1. L’inciter à prendre des décisions importantes.Sa maladie l’empêche de réfléchir sainement, il risque de les regretter par la suite.
  1. Prétendre qu’il va mieux alors qu’il n’en est rien.Il vaut mieux l’assurer que, même dans la détresse où il se trouve, Dieu est toujours près de lui.
  1. Lui conseiller de partir en vacances ou de voyager.Il n’assume déjà plus sa vie quotidienne ; un changement serait au‑dessus de ses forces.
  1. Le bombarder de versets bibliques.Dans son état, il interprète négativement même les vérités bibliques.

 

  1. LE PREMIER PAS : « VEUX‑TU GUERIR ? »

Jésus demandait aux malades s’ils voulaient guérir. Certes, un dépressif n’a ni désir ni force pour quoi que ce soit. Il ne peut pas guérir, mais s’il a un milligramme de désir d’aller mieux, c’est suffisant !

Le premier grand pas que l’on doit demander au client, c’est qu’il exprime clairement son désir personnel : « Je voudrais m’en sortir. » Par cette déclaration il passe du statut de victime à celui d’acteur de sa vie.

Le conseiller devra parfois mettre beaucoup d’énergie à le persuader qu’il doit choisir de guérir et renoncer à être déprimé. Il l’aidera à découvrir les convictions erronées qui le dominent, lui montrera le lien entre ses pensées, ses sentiments et ses comportements, et lui demandera s’il est d’accord pour modifier ce qui a besoin de l’être dans sa vie ou accepter ce qui ne peut être changé : la vieillesse, un handicap, le décès d’un être cher.

Il l’incitera surtout à commencer une psychothérapie. Il n’a rien à y perdre et tout à y gagner. Soigner un dépressif est complexe et dépasse à notre avis les compétences d’un conseiller en relation d’aide. Le psychiatre ou le psychothérapeute sera choisi avec soin.

Un détail pratique : une thérapie s’étalant souvent sur plusieurs mois ou plusieurs années, il a avantage à choisir quelqu’un assez près de chez lui.

En tant que conseiller, ami ou parent, votre rôle n’est pas pour autant terminé. Vous pouvez être un précieux collaborateur du spécialiste.

  1. LES ATTITUDES AIDANTES
  1. Souligner son courage d’avoir commencé une psychothérapie et le déculpabiliser

Vous pouvez lui citer ce que dit le psychiatre Scott Peck dans son livre Le chemin le moins fréquenté :

« Commencer une psychothérapie est une démarche de remise en question qui demande du courage. Un patient qui commence une thérapie est plus fort et plus sain que ceux qui ne le font pas. Son inconscient a compris qu’il doit changer des choses dans sa vie, c’est pourquoi il crée le symptôme dépression. La dépression est donc une preuve de santé ! L’inconscient est en avance sur le conscient (Jung parlait de la sagesse de l’inconscient). La dépression est le signal indiquant que des ajustements doivent être opérés, qu’il faut changer. »

Scott Peck termine son livre par ces mots : « Parce que entreprendre une psychothérapie est un acte de courage, je vous admire. »

Votre client sera aussi encouragé d’apprendre que ce sont en général les gens qui réfléchissent qui font une dépression, pas ceux qui ont un esprit superficiel. Luther disait : « Croyez aux bienfaits de la dépression. »

  1. L’encourager s’il est tenté d’arrêter la psychothérapie

S’il l’a commencée, c’est, souvent, uniquement pour moins souffrir. Lorsqu’il aura compris que sa guérison passe par une remise en question, un travail sur lui‑même, il sera tenté d’arrêter.

C’est ainsi que certaines personnes disent : « J’ai vu cinq spécialistes, aucun n’a pu m’aider. » En réalité, elles ont arrêté dès qu’elles ont vu ce qu’elles devaient changer dans leur vie !

L’expérience montre que, lorsque l’on est tenté d’arrêter et que l’on persévère malgré tout, on fait en général un grand pas en avant sur un point important.

Par ailleurs, cela indique que la partie du client qui veut guérir est en train de gagner sur la partie de lui qui ne veut pas guérir. Il y a donc eu triomphe des forces de vie sur les forces de mort en lui. Une partie de lui désire avancer, mais une autre partie ne le veut pas. La thérapie consiste à parvenir à vouloir ce qu’il désire.

Enfin, avoir envie d’arrêter une thérapie est un bon signe que l’on désinvestit le thérapeute de la puissance de guérison qu’on lui accorde, et que l’on comprend qu’on doit se prendre soi‑même en charge pour guérir.

  1. L’avertir que la remontée sera progressive

Il y aura des hauts et des bas. Cette oscillation de son moral est d’ailleurs une caractéristique de cette maladie. Vous pouvez lui expliquer que l’humeur va peu à peu se stabiliser au fil du temps.

Il doit accepter ces variations de son état psychologique, et ne pas se crisper à ce sujet. S’il se répète sans arrêt : « Il faut que je m’en sorte, pourquoi est‑ce que je ne m’en sors pas plus vite ? », cela réveille son Enfant Rebelle. Il vaut mieux qu’il se dise : « Je m’en sors, simplement en ce moment précis mon humeur est en phase basse ; elle va remonter. »

Parfois il a des hauts et des bas parce qu’il n’a pas choisi s’il veut vivre ou s’il va se supprimer. Tant qu’il n’aura pas lâché ce « débat » intérieur, il aura des hauts et « des bas ». La décision de ne pas se supprimer est souvent le début d’une remontée de son moral.

Vous pouvez aussi lui expliquer que ces oscillations de son humeur proviennent souvent de ce qu’il est dans le tout ou rien. Par exemple, il aimerait que la vie soit facile et agréable, mais il constate que la vie est difficile, ce qui le déprime. Son moral se stabilisera lorsqu’il découvrira une troisième voie, c’est‑à‑dire que la vie n’est ni très facile, ni très pénible, mais à la fois difficile et passionnante à vivre.

Prenons un autre exemple, celui d’un homme qui commence sa retraite. Avant, il se sentait utile car il travaillait. Après, il déprime parce qu’il se sent inutile. Une troisième voie pour ce jeune retraité pourrait être de découvrir qu’il a maintenant tout son temps pour faire ce qu’il aime, avoir des activités bénévoles, etc.

  1. Etre disponible

Le Docteur Balint, qui fonda les groupes de parole qui portent son nom, disait avec justesse qu’au cours d’une thérapie de soutien, c’est sa propre personne que le thérapeute prescrit.

Il est important que le client vous sache prêt à l’aider. Si dans le contrat passé avec son psychothérapeute il a la possibilité de lui téléphoner lorsqu’il va mal, c’est l’idéal. Sinon, proposez‑lui de vous appeler dans ces cas‑là, surtout s’il a des désirs de suicide. Accompagnez‑le tout ce temps où il est en pulsion de mort, un jour viendra (vous le sentirez) où il passera dans la pulsion de vie.

  1. Projeter sur l’écran de son imagination une lueur d’espoir

Dans la nuit qu’il traverse, il ne voit que tristesse, ténèbres, néant, non sens, désespoir. C’est à vous à lui garantir avec force que, s’il s’en donne les moyens, il va revoir la lumière. Tous les tunnels ont une fin ! Votre espoir et votre conviction vont se projeter, à son insu, sur l’écran de son inconscient. Car les inconscients communiquent !

Relevez ses progrès, même minimes. Parvenir à se faire chauffer un café est parfois une très grande victoire. Sa guérison est comme une fleur en bouton qui s’épanouira lentement. S’il est sensible à la poésie, citez‑lui Shakespeare : « Il n’est si longue nuit qui n’atteigne l’aurore. » Un autre sera sensible au fait que le tunnel sous le Mont‑Blanc est un peu long mais permet de traverser sans difficultés une montagne élevée.

  1. L’assurer que, même déprimé, il reste un être humain à part entièreet que l’amour de Dieu pour lui n’a pas changé. La maladie ne le sépare pas de Dieu. Il appréciera sans doute si vous priez de temps en temps avec lui.
  1. Lui proposer une aide pratique pour les aspects matériels de sa vie (ménage, garde des enfants).
  1. Ne pas oublier les proches

Ceux‑ci souffrent aussi et ressentent souvent de l’impuissance et de la culpabilité. Ils doivent être réconfortés pendant ces temps difficiles.

  1. L’AUTOPROTECTION DU CONSEILLER

Bien que la dépression ne soit pas contagieuse, il n’est pas facile de supporter, des semaines ou des mois durant, le désespoir d’une personne. Le conseiller veillera à ne pas se laisser couler avec elle, à reconnaître sa propre fragilité et à se confier à quelqu’un s’il se sent isolé ou submergé. Il mettra assez de temps à part pour sa famille et ses loisirs et ne se montrera pas Sauveteur du client afin de ne pas en devenir Victime.

  1. LES MÉDICAMENTS ET L’HOSPITALISATION

Certains chrétiens ne sont pas très favorables aux antidépresseurs ; pourtant Jésus lui‑même a dit que les malades avaient besoin de médecin. Les diabétiques qui ont besoin d’insuline doivent‑ils la refuser et mourir de coma diabétique ? A l’évidence, la plupart du temps, Dieu se sert des médecins et des médicaments pour nous guérir.

En prescrivant des antidépresseurs et/ou des tranquillisants, le médecin vise les effets suivants :

®    Atténuer l’anxiété et la nervosité

®    Redresser l’humeur

®    Améliorer le sommeil

®    Augmenter la résistance physique

Les antidépresseurs modifient‑ils la personnalité ? C’est bien plutôt la dépression qui modifie le comportement d’un individu et le plonge dans le désespoir.

Doit‑on en prendre systématiquement ? Cela ne se justifie pas en cas de léger abattement. Par contre dans les dépressions moyennes ou graves, la psychothérapie ne suffit pas, il est indispensable d’adjoindre un antidépresseur ; l’effet ne se faisant sentir qu’après dix ou quinze jours, le médecin complète avec des anxiolytiques et des somnifères, ce qui diminuera l’anxiété et les risques de suicide.

Quant à l’hospitalisation, elle est presque impérative si le malade est suicidaire ou commence à perdre contact avec la réalité. Pourquoi jouer avec une vie humaine ? Pourquoi risquer de priver des enfants de leur père ou de leur mère ?

  1. LES RISQUES DE SUICIDE

« Elie s’assit et demanda la mort. »

« Tue‑moi, je te prie, et que je ne voie pas mon malheur ! » (Moïse)

« Qu’il plaise à Dieu de m’écraser, qu’il étende sa main et qu’il m’achève ! » (Job)

Le désir de suicide est un symptôme courant chez le déprimé. Au début, il voudrait seulement dormir et ne plus se réveiller ; ensuite, il réfléchit sur les moyens de mettre fin à ses jours ; lorsque son désespoir est à son comble, ses pensées suicidaires deviennent une obsession.

  1. Voici dix signes permettant de reconnaître si le client est une personne à risques

q       S’il est profondément désespéré, anxieux, agité ou insomniaque.

q       S’il a déjà tenté de se suicider dans un passé proche ou lointain.

q       S’il a évoqué cette éventualité récemment. Sur dix personnes qui se tuent, huit avaient annoncé plus ou moins clairement leur projet.

q       S’il y a eu des suicides dans sa famille ou son entourage.

q       S’il a une maladie de longue durée ou incurable.

q       S’il a subi de nombreuses épreuves ces six derniers mois.

q       S’il a un comportement autodestructeur chronique (alcool, drogue).

q       S’il vit seul et a peu de contacts sociaux.

q       S’il a de graves soucis d’emploi, d’argent (pour les hommes) ou affectifs (pour les femmes).

q       S’il montre un calme inhabituel après un temps d’agitation, ce qui pourrait indiquer qu’il a décidé de passer à l’acte.

  1. La conduite à tenir avec un suicidaire

Elle consiste en résumé à : parler, renforcer le réseau relationnel et, si nécessaire, hospitaliser.

  1. Parler

Un conseiller inexpérimenté n’ose pas évoquer ce sujet avec son client. Celui‑ci, de son côté, a honte de nourrir de telles idées et encore plus de les confier à autrui, d’autant plus s’il est chrétien. Mais une conversation bienveillante, non culpabilisante et pleine de tact sera une libération pour le malade qui pourra enfin exprimer ses terribles angoisses de mort.

On peut lui demander s’il songe à mettre fin à ses jours, comment il s’y prendrait (plus les détails sont précis, plus le risque est grand), s’il en a parlé à quelqu’un, si son désir de suicide est obsessionnel (c’est alors grave), s’il a une forte colère contre quelqu’un qu’il refoule et qu’il retourne contre lui‑même.

Le client, mis en confiance, osera expliquer pourquoi il ne voit plus aucune autre solution à sa situation que de se supprimer. Une personne n’attente pas à ses jours pour mourir, mais pour ne plus vivre si elle doit autant souffrir.

Le conseiller, qui a une vue objective des choses, l’amènera à entrevoir ne serait‑ce qu’une lueur d’espoir.

Il l’incitera aussi à avoir le courage d’être déprimé. Le philosophe Landsberg a cette remarque très juste : « Souvent un homme se tue parce qu’il n’est pas capable de désespérer.

Si la personne a fait une tentative de suicide, celle‑ci peut être considérée comme un désir de briser le cycle dépressif. Votre rôle sera alors de transformer cette pulsion auto‑destructrice en pulsion positive. Vous expliquerez à la personne que l’énergie qu’elle met à se détruire, elle pourrait la mettre à son service.

Sa tentative peut être l’amorce d’une remise en question positive pour arriver à une vision sereine de l’existence. Elle possède d’autres options que de mourir. Si elle a le courage de mourir comme elle le veut, elle devrait avoir celui de vivre de la manière dont elle le veut.

Vous essaierez aussi de l’amener à penser à ceux qui l’aiment et qu’elle aime : les répercussions d’un suicide sur le conjoint, les enfants sont catastrophiques. Ceux‑ci se jugent souvent responsables de la mort de leur père ou de leur mère.

Si la personne suicidaire est croyante, le rappel que Dieu est près d’elle, même dans ce sombre tunnel peut être un secours. En réalité, on ne sait quelle parole va empêcher quelqu’un de passer à l’acte ; en laissant parler votre cœur rempli d’amour, Dieu peut vous utiliser pour lui redonner une étincelle d’espoir.

Il est évident que l’Adulte de la personne est peu réceptif en ces périodes de crise. C’est donc votre Parent Nourricier qui doit materner, consoler, aimer, rassurer l’Enfant désemparé du client. Le toucher peut être utilisé comme un auxiliaire à la parole.

  1. Renforcer le réseau relationnel

Le psychiatre Merloo dit : « Une relation humaine compréhensive, voilà la meilleure protection contre la tentation du suicide. Tant que le patient saura que quelqu’un s’occupe de lui, il gardera l’espoir. »

Une personne au bord du suicide ne devrait jamais être laissée seule. Elle doit savoir aussi qu’elle peut appeler son conseiller, son médecin, son pasteur ou un proche, à toute heure du jour ou de la nuit.

S’il vous arrive un jour d’avoir au bout du fil une personne qui en a assez de la vie et parle de se tuer, voici quelques conseils des services spécialisés dans l’aide aux suicidaires :

o       Ne paniquez pas, parlez calmement.

o       Ne raccrochez pas le premier.

o       Ne changez pas de sujet.

o       Identifiez la perte de la personne, ce qui motive son désir de suicide.

o       Essayez de réveiller la petite partie d’elle qui refuse de mourir, qui voudrait vivre.

o       N’entamez pas un débat sur les mérites de la vie supérieurs à ceux du suicide.

o       Encouragez‑la à faire ses propres choix.

  1. L’hospitalisation

Elle est inévitable lorsque la famille n’a plus la force d’assumer la prise en charge continuelle du malade.

  1. PRÉVENIR LA DÉPRESSION

Certaines personnes traversent la vie sans faire de dépression et pourtant elles ont eu le même lot d’épreuves que d’autres. Quel est leur secret ?

Leur sagesse, leur philosophie de vie nous semble se résumer en un mot : accepter.

  1. Accepter d’être

* Aller vers soi (Genèse 12 : 1), devenir qui l’on est, exister par soi‑même, se savoir unique.

* Apprendre à désirer pour son propre compte, avoir envie, c’est‑à‑dire être en‑vie, vivre de son désir et non du désir d’un autre.

* S’aimer tel que l’on est, accepter ses forces et ses faiblesses, ses capacités et ses limites, le bien et le mal en soi.

  1. Accepter les autres

* Établir et maintenir de bonnes relations avec eux car la vie vient toujours de l’Autre.

* Les accepter et les aimer tels qu’ils sont, accepter que coexistent en eux le bien et le mal. « Je suis imparfait, tu es imparfait, mais c’est parfait ». (Elisabeth Kübler‑Ross)

* Etre lié aux autres, mais en étant libre de leur regard sur nous. Le lien n’exclut pas la liberté.

* N’être ni le parent ni l’enfant des autres.

  1. Accepter la vie

* Paradoxalement, le bonheur, c’est d’accepter la vie telle qu’elle est, sans jamais renoncer à la changer.

* Prendre la vie, et non chercher à la com‑prendre.

* Donner à la vie, même quand on n’arrive plus à lui donner un sens. Le sens de la vie, c’est de donner !

* Admettre que la vie est difficile. Une fois ce fait admis, elle le semble beaucoup moins. Accepter le mystère du mal sur la terre, mais en faisant tout pour soulager le plus de souffrances possibles.

  1. Discerner, et accomplir « l’œuvre que Dieu a préparée d’avance » pour chacun de nous.

« Si au moment de mourir, vous voyez défiler devant vous la vie d’un autre, c’est que vous avez fait une erreur quelque part… »

Avant de mourir, Jésus a dit à son Père : J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire.

Chacun d’entre nous inscrit son histoire dans l’Histoire. Lorsque nous aurons achevé l’œuvre que Dieu a préparée pour nous, nous entendrons sa voix : C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître.