La nature et moi

La Nature stimule, éveille ou réveille, par le bruit, par les odeurs, par le toucher, par la lumière ou les couleurs.

J’ai eu la chance de vivre une experience professionnelle d’une quinzaine d’années comme forestier dans le département de la Savoie.

Le souvenir de ces journées passées dans la générosité et la beauté de la nature reste pour moi inoubliable.

Cette partie de ma vie a fortement contribué à faire de moi qui je suis aujourd’hui.

Vivre au  contact de la nature, c’est se sentir appartenir à un Tout.

Se retrouver plonger au cœur de la Nature a une incidence sur le corps, sur l’être dans son ensemble. Si elle représente un lieu pour se ressourcer ou pour fuir, un lieu de méditation ou un lieu de repos, elle agit au plus profond de l’être, dans le domaine des perceptions, des sensations, puis des représentations et du vécu.

Je souhaitais donc juste partager avec vous, un texte d’une justesse incroyable, en espérant qu’il accompagne cette prise de conscience.


Retrouver la simple présence et l’émerveillement au contact de la nature

La nature est une invitation merveilleuse à l’investigation intérieure et à la connaissance profonde de soi, indispensables au chemin spirituel. Naturellement silencieuse, immobile, sans demande, elle offre la possibilité d’accéder à notre propre silence et à la tranquillité qui sont deux aspects de nous-mêmes qui se dévoilent lorsque nous touchons la simple et profonde présence à l’instant. Dans l’instant, espace vide, tout peut advenir. Dans l’instant, posé en nous-même, dans cet espace d’ « être » que nous sommes, nous pouvons expérimenter une profonde tranquillité, la simple joie d’être en vie, l’amour et l’intimité avec toute chose, le silence et l’émerveillement.

Le chemin intérieur est un chemin non pas de développement de soi mais de dé-construction totale de soi, de nos croyances à propos de qui nous sommes, de nos fonctionnements et de nos pensées qui voilent notre vérité la plus intime, le secret le mieux gardé, celui d’une conscience une et indivise qui habite toute la création dont nous-même.
Le chemin consiste donc à apprendre à voir au delà des apparences et de l’évidence. A apprendre à regarder vraiment, à nous observer nous-même vivre et agir. Dans cette observation fine, par notre seul regard, peu à peu nous allons nous dénuder et toucher à un vécu de plus en plus direct avec la vie. Peu à peu il n’y aura plus moi qui vit la vie, mais la vie qui se vit en moi librement.

La nature est un lieu privilégié pour pratiquer cette pleine conscience de soi et du monde, car elle est très confrontante : imperturbablement, le calme de la nature vient mettre à jour notre bruit intérieur incessant. Nous venons y chercher la tranquillité, et c’est notre agitation qu’elle révèle. Nous venons nous y ressourcer, y trouver le repos, et elle révèle notre solitude, notre peur de perdre le contrôle dès que nous quittons le monde, nos émotions refoulées et nos blessures profondes.
Or, pour trouver le silence et la tranquillité, il est indispensable de voir notre agitation mentale et émotionnelle, de voir que notre attention, cette conscience claire à partir de laquelle nous percevons le monde, plutôt que de se reposer en elle-même, est constamment happée par la pensée et par les attractions de nos vies surchargées.

Par la simple pratique avec un arbre, je vous propose ici d’expérimenter une façon simple et accessible de retrouver le vécu direct, spontané et libre de l’enfance, ainsi que votre capacité innée d’émerveillement.
Alors entrez profondément dans la forêt.

Prenez un arbre,
Regardez le,
Voyez que déjà vous le nommez,
Essayez de le regarder sans le nommer,
Retirez ce nom d’arbre qui déjà réduit l’expérience,
Et pose un voile subtile sur votre perception.

Puis ressentez.
Ressentez ce qui se joue en vous
Lorsque vous regardez l’arbre,
Détendez votre regard,
Détendez vous,
Goutez cet instant d’observation.

Peu à peu vous allez prendre conscience des très subtils filtres et mécanismes qui se mettent en marche au simple fait de regarder un arbre.
Vous allez découvrir que votre regard sur le monde n’est jamais direct.
Quand je vous dis ça, je vous vois déjà essayer de regarder directement !
Nous essayons trop de faire, de transformer la réalité et en prendre conscience est un pas important et nécessaire.

On ne peut vivre l’expérience direct avec un arbre (ou avec tout autre objet, personne ou expérience) que lorsque l’on cesse tout commentaire, tout jugement, toute tentative de percevoir quelque chose en particulier.
Car le mental, par ses mots, ses concepts, ses comparaisons, ses croyances,
Crée le sentiment et la croyance d’une séparation.

I

Nommer les choses est le premier des commentaires, le plus subtil car souvent nous ne nous rendons même plus compte que nous nommons.
Mais voyez aussi que subtilement votre mental compare l’arbre, le soupèse, le mesure, à l’aune de vos expériences passées, de nos souvenirs, de vos attentes.
Vous savez trop que c’est un arbre, il faut oublier votre savoir.

Reposez-vous simplement en vous-même.
Que se passe-t-il lorsque
Vous regardez l’arbre sans mots pour le décrire ?
Que vous acceptez l’espace d’un instant
De n’être plus qu’un regard, une conscience nue qui perçoit ?

Lorsque l’on cesse de nommer, de commenter l’expérience vécue quelle qu’elle soit,
Il devient possible de vivre une expérience directe avec le vécu de l’instant.
Et cela peut advenir car il n’y a plus que l’instant,
Pure présence sans devenir,
Sans mémoire,
Juste un regard dénudé de tout concept, attentes, stratégies.

Alors, face à l’arbre,
Il n’y a plus qu’un étonnement,
Et dans ce vécu direct,
Une sensation extraordinaire de clarté et d’intimité.
L’arbre disparait en tant qu’objet séparé de vous-même,
La sensation de séparation disparait.
Ne reste plus qu’un instant au sein duquel tout peut émerger : l’émerveillement, le silence, la tranquillité, l’amour, la joie, la fraicheur, l’étonnement…
Il n’y a plus quelqu’un qui s’émerveille face à un arbre,
Il n’y a plus vous,
Il n’y a plus l’arbre,
Il n’y a plus que l’émerveillement.

Article paru dans la revue Présence n°3, mai 2016 – ​http://revuepresence-leblog.com