Archives pour la catégorie L’ Analyse Transactionnelle

L’analyse transactionnelle repose, comme son nom l’indique, sur le principe de la transaction ou du contrat. Le changement recherché chez l’individu se produit dans le cadre d’un accord accepté par le coach et son client. Ses outils permettent d’obtenir une meilleure connaissance de soi et des autres, notamment grâce à des grilles de compréhension des « jeux psychologiques » qui se jouent entre les individus.

La roue des permissions

La roue des permissions, créée par Gysa Jaoui dans les années 80, consiste en un schéma circulaire montrant l’étendue plus ou moins grande des permissions dont chacun jouit dans différents domaines de la vie.

Comment marche la roue des permissions ?

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Parmi nos concepts permettant de comprendre le scénario de vie, les injonctions occupent une place centrale. La liste proposée par les Goulding [1][1] GOULDING, R.L. et GOULDING, M.E., Messages inhibiteurs,…, puis enrichie par différents auteurs [2][2] ALLEN, J.R., et ALLEN, B.A., Scénarios, le rôle de… nous offre un résumé des restrictions que rencontre la personne dans sa vie. Lors de discussion entre transactionnalistes, décrire les injonctions les plus fortes dont souffre un sujet nous permet d’imaginer ses principales problématiques.

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Ce concept peut toutefois s’avérer plutôt encombrant quand on le voit en termes binaires, « noir/blanc », comme une chose qu’on « aurait » ou non. Il devient, alors, une définition ou description fermée, fixée, stérilisante du fonctionnement d’une personne, qu’elle peut utiliser pour justifier l’exclusion de toutes possibilités. La passivité peut résulter de cette sorte de pensée « Jambe de Bois » : « Comment pouvez-vous attendre de moi que je fasse ceci, avec mon Injonction « Ne Réussis pas » ? »

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Jaoui préférait adopter une vision relative du phénomène. Plutôt que « d’avoir » une injonction, on est plus ou moins affecté par elle. Pour faire saisir immédiatement le problème, elle offrait l’exemple de « N’existe pas » : si un client « avait » vraiment l’injonction « N’existe pas », il ne vivrait pas assez longtemps pour arriver à notre cabinet ! La plupart d’entre nous avons déjà, sans doute, cette conception, puisque nous décrivons quelqu’un non pas comme ayant une injonction « Ne fais pas confiance », mais ayant plutôt « Beaucoup de Ne fais pas confiance ». On peut donc postuler que les injonctions ne fonctionnent quasiment jamais comme des interdits absolus, mais plutôt comme des inhibitions relatives.

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Jaoui aimait aussi regarder l’aspect positif des situations. Aussi, plutôt que de se demander à quel point la personne est affectée par une injonction donnée, elle préférait évaluer le degré de permission dont elle dispose dans le domaine correspondant [3][3] JAOUI, G., Les permissions et injonctions, dans : Le…. Pour reprendre l’exemple ci-dessus, cela donnerait : « elle n’a pas beaucoup de permission de faire confiance ». Woollams [4][4] WOOLLAMS, S. J., Guérir !?, A.A.T., 16, 1980, pp. 160-162…. propose une vision similaire avec son échelle de décision, montrant un continuum depuis l’injonction totale jusqu’à la permission totale. Cependant, l’échelle de Woollams se réfère surtout à la quantité de stress que l’on pourra supporter tout en conservant sa décision positive, alors que celle de Jaoui peut servir à prendre en compte des facteurs différents. Par exemple, si quelqu’un a acquis « davantage de permission de faire confiance », cela peut indiquer qu’elle supporte plus de stress avant de revenir à sa vieille défense de méfiance, ou bien qu’elle fait confiance plus profondément, à plus de gens, dans des circonstances plus variées.

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Par souci de simplicité, nous ne différencierons pas ici les conséquences des injonctions, des contre-injonctions, des décisions scénariques dues ou non à un trauma, ou une vulnérabilité génétique. La roue montre la résultante de toutes ces influences, sous forme de zone de permission plus ou moins grande.

Comment se présente la roue des permissions ?

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La roue des permissions consiste en une série de dix cercles concentriques, dont chacun représente une « portion » de 10% de permission : le premier cercle représente 10% de permission, le deuxième 20%, le troisième 30%, et ainsi de suite jusqu’à 100% (fig.1). Cet ensemble de cercles est à son tour découpé en quatre quadrants, eux-mêmes subdivisés en portions correspondant aux différentes permissions. Pour représenter le degré de permission dont on dispose dans un domaine donné, on hachure une plus ou moins grande partie du segment correspondant.

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Si l’on s’imagine debout au centre de la roue, on pourrait regarder devant soi et voir jusqu’où porte notre permission : jusqu’à l’horizon ? (permission ouverte). Ou bien le mur de l’interdit se dresse-t-il en face de nous, plus ou moins près, limitant notre liberté ? En pivotant, on voit la place dont on dispose pour la permission suivante, et ainsi de suite sur 360°. L’espace ainsi défini délimite notre « enclos scénarique », comme aimait à l’appeler Jaoui (à rapprocher du « parc » ou « carré de jeux » décrit par les Goulding [5][5] GOULDING, art. cité (n. 1).). A l’intérieur, on est peut-être à l’étroit, mais en sécurité ; au-delà c’est l’inconnu, l’interdit – c’est « la zone aux lions », disait-elle. On y risque d’être rejeté, banni, jugé, d’avoir honte, d’être coupable, de perdre l’amour… ou simplement de se confronter à l’inconnu. Plus notre enclos est grand, plus nous bénéficions d’un scénario souple. Plus il est petit, plus le scénario est limitant.

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Pour Jaoui [6][6] JAOUI, G., Les permissions en A.T., séminaire de Gysa…, ces messages pouvaient être regroupés en quatre familles (les quadrants du diagramme), relatifs à la façon dont la personne est en relation avec :

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Ses sentiments : dans quelle mesure peut-elle reconnaître, et exprimer librement, de manière appropriée et efficacement, ses émotions (ici ce sont quatre émotions primaires que l’on examine, la joie, la colère, la peur, la tristesse). Le score est de 100% si elle se sent autorisé à les exprimer ouvertement dans ses relations, et qu’elles ont un impact sur l’autre. Les restrictions les plus courantes sont : ne pouvoir montrer ses émotions qu’en présence de personnes bien choisies, ou ne pouvoir les vivre que dans la solitude. Au plus bas niveau de permission dans le diagramme, la personne ne reconnaît pas ce qu’elle ressent, ou n’a pas conscience de ressentir quoi que ce soit.

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Soi-même : ce quadrant porte sur notre permission d’être, d’exister, tout d’abord, puis d’être en bonne santé (physique et mentale), d’être de son propre sexe, d’être soi-même (au sens de savoir ce qu’on aime, ce qu’on veut, d’accomplir sa propre destinée, telle que la décrit Bollas [7][7] BOLLAS, C., Les forces de la destinée (orig. 1989),…, et d’avoir du plaisir, sans lequel nous ne sommes pas vraiment vivants.

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Les autres : ce secteur concerne nos relations à autrui, à quel point nous pouvons faire confiance (judicieusement), appartenir ou faire partie d’un groupe plus ou moins important (notre famille, notre pays, un parti politique, un syndicat professionnel, etc.), être proche d’autrui et nous laisser voir et connaître nous-mêmes en profondeur, et enfin être un enfant (nous fier à l’autre, le laisser prendre soin de nous si besoin est, avoir conscience de nos besoins…).

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Le monde : ce quadrant traite essentiellement de notre capacité à avoir un impact sur notre environnement, d’abord en grandissant de façon appropriée pour devenir adulte, en sachant ce qui se passe au lieu de rester aveugle à la signification véritable des situations [8][8] JAOUI, G. (1980), La treizième injonction, art. cité…, en pensant clairement, et en nous autorisant à réussir dans ce que nous entreprenons (dans la vie professionnelle et personnelle).

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Pour chaque permission, client et thérapeute évaluent ensemble la surface proportionnelle accessible à la personne ; cette évaluation peut aussi être faite par le thérapeute au cours d’une séance de supervision, ou encore par le thérapeute s’interrogeant lui-même. Plutôt que d’étudier abstraitement chacune des permissions, voyons en une illustration grâce à une étude de cas.

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La figure 2 montre la roue des permissions de Marie. En sombre apparaît son niveau de permission au début de sa psychothérapie, en clair les avancées obtenues après nos années de travail.

Des types de profils

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Bien qu’on ne puisse pas faire correspondre une vraie personne à un profil stéréotypé, différents types de personnalité ont tendance à s’accompagner de permissions élevées ou restreintes caractéristiques. La démarche la plus intéressante est sans doute celle qui consiste à remplir la roue des permissions d’une personne, pour ensuite réfléchir à un diagnostic, plutôt que de réfléchir à partir d’un schéma préétabli auquel il faudrait que la personne corresponde. Les tendances ci-dessous ne constituent donc que des tendances générales, qui se vérifieront plus ou moins selon les cas.

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Les personnes à tendances paranoïaques ont des scores très bas dans le quadrant « moi et les autres ». Elles ne font guère confiance (ou à une seule personne, généralement surveillée de près !). Leurs soupçons les empêchent souvent de se sentir vraiment « faire partie » de quoi que ce soit, bien que certaines parviennent tout de même à s’identifier à un groupe (famille, religion, nation, profession). Etre proche leur est très difficile (même avec les proches, leurs sentiments et leur vulnérabilité restent généralement cachés – éventuellement à elle-même aussi – il y a peu de partage et d’écoute). Enfin, être un enfant est vu comme extrêmement dangereux, aussi cette position est-elle abandonnée le plus tôt possible dans la vie. Le quadrant « moi et mes sentiments » est généralement assez réduit lui aussi, sauf peut-être pour la colère, qui sert même souvent de sentiment-parasite se substituant à la peur. Marie représente un exemple a minima d’un tel profil.

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Les structures obsessionnelles ressemblent un peu aux précédentes, avec pour dominante le quadrant « moi et le monde », le plus restreint étant « moi et mes émotions ».

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Les personnalités schizoïdes ont très peu de permission de montrer et même de ressentir leurs émotions, malgré une quantité souvent importante de peur cachée, fréquemment inconsciente. Leur quadrant « moi et les autres » est lui aussi réduit, les deux autres quadrants sont un peu plus grands (cette adaptation de personnalité entraîne généralement des limitations scénariques importantes, leur « enclos » est donc peu spacieux).

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Les personnalités narcissiques et psychopathiques présentent également des permissions basses dans le quadrant « moi et les autres », car elles vivent comme dangereux d’être vulnérable et dépendant d’une quelconque manière.

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Inversement, les personnalités hystériques ont un quadrant « moi et les autres » bien développé, et la plupart des sentiments sont également assez ouverts (hormis la colère, qui tend à être recouverte par un sentiment-parasite de tristesse). Le quadrant « moi et le monde » est généralement le plus limité.

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Les troubles borderline sont souvent associés à des profils irréguliers, en dents de scie. Par exemple, en ce qui concerne les émotions, il peut y avoir beaucoup de colère et peu de joie, ou bien des joies intenses mais peu durables. Le quadrant « moi et moi » est peu étendu (surtout la permission d’être soi-même). En « moi et les autres » on trouve un mélange, avec des variantes extrêmes concernant la confiance, l’appartenance, la proximité ou la possibilité d’être un enfant avec autrui. « Moi et le monde » reflète aussi ces contradictions, puisque les personnes-limites ont souvent dans leur vie des zones de réussite et de maturité jouxtant d’autres très immatures ; elles peuvent très bien utiliser leur pensée dans des situations professionnelles puis perdre toute capacité de penser et d’être adulte dans les relations intimes. Il peut être commode de subdiviser les permissions en différents sous-domaines afin de refléter ce fonctionnement fragmenté du soi.

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Naturellement, toutes ces tendances ne constituent que des généralités, l’espace ouvert est plus ou moins réduit en fonction des restrictions dictées par le scénario et l’adaptation de personnalité.

Étendre les permissions : jusqu’où et quand ?

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Je partage l’avis de Woollams [10][10] WOOLLAMS, S. J., Guérir !?, art. cité (n. 4)., selon lequel une zone qui a été très limitée pour nous ne deviendra jamais totalement permise, même à la suite d’une psychothérapie réussie. Nous augmentons notre possibilité de gérer des degrés de stress accrus, mais n’atteignons pas cette capacité optimale d’avancer sans trop remarquer les situations stressantes ou de gérer facilement des quantités de stress importantes. Je compare souvent nos blessures psychiques à leur équivalent physique : les tissus peuvent bien cicatriser, devenir solides, mais la cicatrice n’est jamais tout à fait aussi souple et vivante qu’une peau intacte. Marie-Thérèse Mertens [11][11] MERTENS, M.T., communication personnelle, 23 janvier… propose la métaphore d’un arbre. Son essence, ses racines, ses branches principales ne changeront pas. Nous pouvons le tailler, l’arroser, lui fournir de l’engrais, le soigner pour qu’il se porte bien. Mais nous n’en ferons pas un autre arbre, ni ne le transformerons en l’arbre qu’il eût été s’il avait démarré son existence avec tous les meilleurs ingrédients. Sa propre beauté bien particulière portera les traces de ses premières années, souvent des traces fort intéressantes.

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Une façon de résumer le processus de la psychothérapie serait de dire qu’il consiste à augmenter les permissions du sujet. Mais de combien peut-on les augmenter? Après une bonne vingtaine d’années de pratique, je reste incertaine sur ce point. Cela dépend probablement de la nature des circonstances ayant induit les restrictions, de leur précocité, aussi. Par exemple, si l’on songe aux injonctions, elles sont ancrées bien plus fort chez un enfant très jeune face à un parent terrifiant, furieux, ou fou. Ce serait le cas le plus difficile à bouger, sans doute. Un autre facteur aggravant se produit lorsque nos tendances naturelles, génétiques, rencontrent les zones problématiques de nos parents. Le changement peut aussi aller plus ou moins loin selon l’âge du client lorsqu’il démarre son travail de psychothérapie.

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Une chose ressort bien clairement : malgré la tentation, mieux vaut éviter de viser d’emblée les zones les plus restreintes, en se disant « Ah, je vois où se situe le principal problème ! ». Cela équivaudrait à foncer sur ce que Paul Ware [12][12] WARE, P. Types de personnalité et plan thérapeutique…appelle la « porte piégée ». S’aventurer là irait tellement à l’encontre des interdits Parentaux, ou dans un territoire si inconnu, qu’on est presque sûr, au mieux, de déclencher une forte réaction défensive. Au pire, cela peut entraîner une issue tragique, comme la décrivent Allen et Allen [13][13] ALLEN, J.R., et ALLEN, B.A., Addendum à l’article de… concernant les injonctions a proviso (comportant une clause conditionnelle). Ainsi, avec Marie, si ses progrès les plus remarquables furent acquis dans le domaine de la proximité qu’elle finit par s’autoriser avec des personnes bien choisies, cet objectif ne lui apparut qu’après plusieurs années de thérapie. Si j’avais suggéré de commencer par là, elle aurait probablement mis fin au travail avec moi. Cela lui aurait semblé hors de propos.

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Le plus souvent, les permissions les plus basses restent les plus basses, bien que la plupart augmentent, en général, au cours d’une psychothérapie. S’acharner à étendre artificiellement un domaine sous-développé m’évoque l’idée d’étirer un bout de pâte à modeler : certes, on pourra l’allonger, mais il sera fort mince. Quoi qu’il en soit, la psychothérapie n’a jamais eu pour but d’homogénéiser la population humaine, heureusement diverse ! Il n’est pas question de viser 100% de permission en tous domaines et pour tous. Nous sommes et resterons différents, et conserverons des zones plus faibles qui reflètent notre personnalité, et c‘est très bien ainsi.

Comment les permissions augmentent-elles en thérapie ?

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Bien qu’on décrive en A.T. une « transaction de permission » [14][14] CROSSMAN, P., Permission et Protection (orig. T.A.J…., à mon sens l’essentiel de ce travail se fait via la relation thérapeutique. Par exemple, si une personne a appris à ne jamais exprimer de colère (peut-être a-t-elle un driver Fais Plaisir, ou bien ses parents l’auraient fortement désapprouvée, ou encore sa culture honnit-elle de telles manifestations), il sera rarement efficace de l’encourager ainsi : « Vous avez bien le droit de vous fâcher ». La personne peut paniquer à voir ainsi nommer l’émotion interdite, elle peut aussi se replier sur elle-même, à l’abri d’un franc déni, « Me fâcher, mais pourquoi ? Je ne me sens pas du tout fâchée ». Parfois cela peut être utile d’énoncer la permission pour un usage ultérieur, même si la personne la range dans un coin de sa mémoire. Ce qui a plus de chances de rendre accessible la colère (ou tout autre domaine fermé), c’est l’interaction régulière avec une personne dont l’attitude, et parfois les paroles, expriment « Je m’intéresse à tout ce que vous pouvez ressentir, et pourquoi ».

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Ceci n’est pas sans poser un certain dilemme, pour moi. L’aspect explicite de la communication va bien avec l’approche contractuelle sur laquelle est fondée l’analyse transactionnelle, ce qui personnellement me convient bien (on nomme clairement, par exemple, « Voici ce que je suis en train de faire, êtes-vous d’accord avec cela et acceptez-vous de coopérer ? »). Cependant, l’usage d’une forme de communication plus implicite, en quelque sorte une transaction cachée, peut s’avérer plus efficace. Le thérapeute peut même sembler méconnaître ce qui se passe.

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Par exemple, si une larme perle au coin des yeux d’une personne qui a peu de permission de se montrer triste, le fait d’attirer l’attention sur cela peut la conduire à se couper de son émotion, voire à éprouver de la honte. Lankton [15][15] LANKTON, S., Psychological communication and transactional…décrit bien ce phénomène en évoquant le « niveau psychologique » dont les psychothérapeutes doivent rester conscients, sans toutefois verbaliser cette conscience. Faute de quoi, souvent, le processus se bloque, et l’Enfant court se cacher.

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Les permissions grandissent sans doute surtout au niveau inconscient, à travers le niveau non-dit de la communication. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai mis au point mes ateliers de tango et thérapie [16][16] HAWKES, L., The tango of therapy: a dancing group,…, avec le prétexte de quelques pas techniques permettant de détourner l’attention du Parent afin que l’Enfant puisse explorer à un niveau implicite.

Conséquences pour les relations et le travail

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Certaines personnes semblent attirées par des partenaires qui leur ressemblent, d’autres préfèrent des partenaires différents et complémentaires. Au-delà des explications biologiques souvent avancées (notamment en lien avec le cycle hormonal de la femme), on peut voir là soit un « choix » de confort, présentant peu de nouveauté perturbatrice, soit le « choix » de l’inconnu, le challenge. Ce dernier permet potentiellement plus de croissance, puisque l’on se trouve invité dans des territoires peu familiers. Certains semblent même espérer que, d’une façon ou d’une autre, les capacités de l’autre pourront déteindre sur nous et nous transformer. Mais si les différences sont trop grandes, ou concernent des domaines fortement frappés d’interdit, la relation risque fort de devenir impossible.

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De même, on peut être attiré par une profession, un hobby, des activités qui nous mettent au défi et nous poussent au-delà de nos limites, ou bien plutôt par ce qui nous est aisé et reste dans notre zone de confort. Je n’ai pour le moment que des hypothèses quant aux raisons de faire des choix si différents : accepter nos limites et y vivre le plus confortablement possible, ou bien se dépasser à tout prix.

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English [17][17] ENGLISH, F., Le leurre du fondamentalisme (orig. T.A.J…. offre une perspective possible avec sa théorie personnelle des pulsions [18][18] Fanita English appelle cette théorie : « Analyse des… Une personne motivée essentiellement par la pulsion de tranquillité préfèrera probablement demeurer dans ce qui lui est connu et familier. Par contre, si c’est la pulsion expressive qui est la plus active, la personne aura tendance à rechercher l’aventure, quelque déstabilisante qu’elle puisse être.

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Ceci soulève naturellement la question de savoir pourquoi un individu répondrait davantage à telle ou telle pulsion. English fait le rapprochement avec le développement de l’enfant, que l’on peut relier aux permissions acquises ou non à divers stades de l’enfance. Par exemple, la pulsion expressive nécessite de la curiosité et un sentiment de sécurité dans l’exploration d’une situation nouvelle, ce qui va avec la permission de grandir et de savoir, sur une base de sécurité relationnelle (permissions de faire confiance, d’appartenir, d’être un enfant). Cependant, j’ai connu des gens ayant grandi dans des foyers peu sécurisants, tout de même attirés par l’extérieur et l’aventure. Il doit y avoir d’autres éléments à l’œuvre, par exemple une prédisposition génétique.

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En termes simples, mises à part les inclinations personnelles, tout est largement une question de degré : il est utile de se mettre un peu au défi, mais un défi trop impressionnant risque plutôt de renforcer l’interdit. L’Enfant prend peur, ou bien le Parent réagit sévèrement à une telle transgression. Ou encore, lorsqu’elles se trouvent incapables de relever ledit défi, les personnes finissent par se critiquer, se reprochant leur incapacité à affronter facilement de nouvelles situations, à assumer de nouvelles façons d’être ; elles se retrouvent parfois plus honteuses et renfermées qu’auparavant.

Conclusion

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La roue des permissions offre une façon élégante de représenter graphiquement les permissions et de résumer « l’enclos scénarique » d’une personne. Elle reste ouverte à de nombreuses possibilités, permettant aux utilisateurs de l’adapter à leurs propres besoins. Dans l’esprit d’ouverture de Gysa Jaoui, le thérapeute peut faire du « sur mesure », inclure les permissions qu’il trouve les plus pertinentes, ou celles qui semblent le mieux décrire un individu donné.

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Il n’est pas obligatoire de toujours travailler avec le schéma de la roue. Personnellement, je songe souvent aux restrictions affectant un client, ainsi qu’à ses points forts, en imaginant simplement les quadrants les plus grands ou les plus petits. L’outil est dans la tête, enregistré mais souple et maniable.

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Toutefois, il est intéressant de remplir un schéma de roue avec un client, à différents moments de la thérapie ; notamment dans les dernières séances, si la personne souhaite se représenter ce qu’elle a accompli. Chaque fois que j’ai eu l’occasion d’exposer l’idée de la roue à d’autres thérapeutes, ils se sont montrés enthousiastes à propos de cet outil simple et néanmoins sophistiqué.

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Gysa Jaoui enseignait ce matériel généreusement, distribuant son schéma aux collègues et aux personnes en formation, sans cependant s’attendre à les voir suivre ses idées à la lettre. Son but fut toujours d’ouvrir la pensée, tout comme la roue des permissions symbolise l’ouverture possible des différents domaines de l’existence.

 

Notes et références

[*]

Traduit et reproduit avec l’autorisation de l’auteur et de l’I.T.A.A. Paru dans le T.A.J., 37, 3, 2007, pp. 210-217 : « The Permission wheel ». © I.T.A.A. (tous doits réservés).

[1]

GOULDING, R.L. et GOULDING, M.E., Messages inhibiteurs, décisions et redécisions, A.A.T., 2, 1977, pp. 62-69. C.A.T., 2, pp. 20-27.

[2]

ALLEN, J.R., et ALLEN, B.A., Scénarios, le rôle de la Permission (orig. T.A.J. 1972), A.A.T., 2, 1977, pp. 57-59. C.A.T., 2, pp. 87-89. BOYCE, M.H., Douze permissions (orig. 1978), A.A.T., 13, 1980, pp. 45-47. C.A.T., 2, pp. 90-92. JAOUI, G., La treizième injonction, A.A.T., 14, 1980, pp. 74-75. C.A.T., 2, pp. 79-80.

[3]

JAOUI, G., Les permissions et injonctions, dans : Le triple moi, Paris, Robert Laffont, 1979, pp. 184-192.

[4]

WOOLLAMS, S. J., Guérir !?, A.A.T., 16, 1980, pp. 160-162. C.A.T., 2, pp. 234-26.

[5]

GOULDING, art. cité (n. 1).

[6]

JAOUI, G., Les permissions en A.T., séminaire de Gysa Jaoui, Paris, 1988.

[7]

BOLLAS, C., Les forces de la destinée (orig. 1989), Paris, Calmann Lévy, 1996.

[8]

JAOUI, G. (1980), La treizième injonction, art. cité (n. 2).

[9]

Ibid.

[10]

WOOLLAMS, S. J., Guérir !?, art. cité (n. 4).

[11]

MERTENS, M.T., communication personnelle, 23 janvier 2006.

[12]

WARE, P. Types de personnalité et plan thérapeutique (orig. T.A.J. 1982), A.A.T., 28, 1983, pp. 156-165. C.A.T., 4, pp. 264-273.

[13]

ALLEN, J.R., et ALLEN, B.A., Addendum à l’article de 1972 « Scripts, the role of permission », publié sur le site www.itaa-net.org/TAJNet/articles/allen-scripts-addendum.html.

[14]

CROSSMAN, P., Permission et Protection (orig. T.A.J. 1966), A.A.T., 2, 1977, pp. 51-53, (Cf. A.A.T. 104 p. 181). C.A.T., 2, pp. 81-83. CROSSMAN, P. (2002), Lettre à la rédaction, The Script, 5, 5. STEINER, C., A quoi jouent les alcooliques, Epi, collection Hommes et groupes, 1991.

[15]

LANKTON, S., Psychological communication and transactional analysis, The Script, 35 (9), 2005, pp. 1-6.

[16]

HAWKES, L., The tango of therapy: a dancing group, T.A.J., 33, 2003, pp. 288-301.

[17]

ENGLISH, F., Le leurre du fondamentalisme (orig. T.A.J. 1996), A.A.T., 91, 1999, pp. 109-116.

[18]

Fanita English appelle cette théorie : « Analyse des Modèles Existentiels »

 

Résumé

Français

Dans les années 1980, Gysa Jaoui, une des grandes figures de l’analyse transactionnelle en France, mit au point un schéma qui permettait de résumer avec une élégante simplicité les principales ouvertures et limitations présentes dans le scénario d’un individu. Elle l’appela « la roue des permissions », « roue » en raison de sa forme circulaire, et « permissions » car cette nouvelle grille porte sur la liberté plus ou moins grande que nous autorisent nos permissions dans différents domaines de la vie.
Cet article décrit les concepts sous-jacents au schéma ainsi que la façon d’utiliser ce dernier, pour comprendre les clients et contribuer au plan de traitement.

 

Plan de l’article

  1. Comment marche la roue des permissions ?
  2. Comment se présente la roue des permissions ?
  3. Un exemple
    1. « Moi et le monde »
    2. « Moi et moi »
    3. « Moi et les émotions »
    4. « Moi et les autres »
  4. Des types de profils
  5. Étendre les permissions : jusqu’où et quand ?
  6. Comment les permissions augmentent-elles en thérapie ?
  7. Conséquences pour les relations et le travail
  8. Conclusion

 

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